Dans une petite ville des Etats-Unis, deux familles se retrouvent pour fêter Thanksgiving. Les deux petites filles des couples sortent jouer dehors au milieu de l’après-midi, problème : elles ne reviendront pas. Commence alors une chasse à l’homme mêlant l’un des pères de famille, un voisin attardé mentalement et un flic tiqué et mystérieux. Avec un tel sujet, il était si facile de sombrer dans le pathos mais avec Denis Villeneuve, on frôle toujours le larmoyant sans s'en empêtrer. Il maitrise son sujet sur le bout des doigts et avec un sens du suspense unique, nous embarque dans une expérience suffocante ou plus on avance dans l'intrigue, plus on se prend au jeu et à la fin, on se retrouve les poings serrés aux accoudoirs, littéralement collé au siège, tremblant et fascinés. Et comment de pas l’être devant ce thriller glacial (et glaçant) à l’atmosphère lourde et à l’esthétique parfaite ? L’esthétique, tient, parlons-en ! Rarement un film policier n’avait joui d’une image si léchée et d’une photographie si remarquable (merci chef op de génie). Mais Prisoners n’est pas qu’un excellent scénario et une superbe photo, c’est également un très grand film d’acteurs et chacun s’est dépassé. Hugh Jackman, d’abord, qui a enfin rangé ses vilaines griffes pour se confronté à la virilité vraie. L’acteur Australien nous montre une toute nouvelle facette de son jeu tout en fragilité et ça nous fait tellement de bien ! Jake Gyllenhaal ensuite, qui encore une fois, brille par sa justesse pour ce personnage énigmatique, bourré de tiques et d’une intensité dingue. Paul Dano, enfin, brillant de sobriété, et qui malgré son jeune âge, confirme qu’il est bel et bien l’un des acteurs les plus doué de sa génération. Prisoners fait donc partie de ces grands films comme Mystic River ou l’intensité et la grâce sont telles que les 2h30 passes sans que l'ennui ne s'installe un quart de seconde ! L’un des éléments qui me réjouit le plus est que Villeneuve a réussi à garder son authenticité, malgré son entrée dans le cinéma hollywoodien qui aurait pu le bouffer, il garde toutes ses qualités d'auteur et de conteur engagé qu'on avait pu voir dans Incendies ou le génial polytechnique. Magistral.