Conspué par les uns, ignoré par les autres, le genre du téléfilm est en perte de vitesse depuis de nombreuses années. D'ordinaire limité à des scénarios éculés et poussiéreux brillants par leur pauvreté abyssale et leur absence de scénario qualitatif, les spectateurs ont pris pour habitude de délaisser ces propositions cinématographiques que d'aucuns diront qu'elles ne présent plus aucun intérêt aujourd'hui. Tordant le cou à ces lieux communs et aux clichés du genre, Prisonnière de Valentin Vincent fait la promesse d'un thriller prenant mêlant huis-clos et drame psychologique.
Concernant le scénario, le synopsis est simple. Le téléfilm démarre sur les images d'une femme qui se réveille frappée d'amnésie, bloquée dans son véhicule au milieu d'un carambolage ayant eu lieu au sein d'un tunnel. Ignorant son identité et sous la menace d'un incendie naissant, elle va devoir lutter pour sa survie tout en essayant de s'échapper du lieu sinistré au sein duquel elle se retrouve prisonnière. Ainsi, même si la promesse ne déborde pas d'originalité et ne révolutionne en rien l'histoire du cinéma, on retrouve ici une proposition efficace et suffisante pour donner envie de connaître l'évolution du téléfilm.
Tout au long de l'avancée de l'intrigue, le spectateur fait face à un huis-clos perpétuel et réussi. La personnage principale, malgré quelques passages brefs d'échanges avec des protagonistes secondaires, affronte seule les embûches dressées sur sa route. Isolée du reste du monde, elle parvient à franchir tous les obstacles, autant physiques que psychologiques. Doublement prisonnière de son véhicule et de son amnésie, on ressent avec force le sentiment d'effroi vécu par cette dernière. Un tel sentiment ne peut être discerné que grâce à l'intelligence du réalisateur Valentin Vincent et par la maestria du jeu de Mélanie Bernier, actrice malheureusement trop méconnue bien que brillante.
Cependant, malgré les nombreuses réussites susmentionnées, le film souffre de quelques lacunes dommageables qui empêchent de transformer ce téléfilm en classique du genre. Ainsi, si le scénario est bien ficelé, on ne peut que regretter que les dernières minutes de Prisonnière se perdent en twists finaux beaucoup trop nombreux rendant la résolution de l'intrigue assez indigeste.
De la même manière, dans le dernier tiers du scénario, le réalisateur prend le choix d'amorcer la présence de certains sujets forts intéressants mais qui seront malheureusement bien trop survolés en laissant un arrière-goût de bâclé. Aborder les questions de la maltraitance infantile et de ses conséquences traumatiques pour les victimes étaient, en effet, extrêmement intéressantes en lisant un tel synopsis. On regrettera simplement qu'il ne soit pas allé en profondeur sur la question. Le ressenti final n'en aurait été que plus savoureux.
Partant, malgré les petites carences mentionnées préalablement, Prisonnière demeure un premier long-métrage réussi de la part de Valentin Vincent. Ancien membre influent du collectif Golden Moustache, on ne peut que lui souhaiter la même réussite cinématographique que celle qu'il a pu connaître sur Internet. Les fondamentaux sont maîtrisés, le talent est présent, attendons maintenant le chef d'oeuvre qui le fera connaître aux yeux de tous. Vu les promesses annoncées par Prisonnière, cela ne devrait être qu'une simple question de temps. Wait and see.