Après avoir donné naissance à des chefs d'oeuvre de la littérature américaine tels que Mystic River, Gone Baby Gone ou encore Shutter Island, puis réussi brillamment son passage derrière la caméra avec la série policière Black Bird, Dennis Lehane est de retour en tant que showrunner de Smoke, toujours produite chez Apple TV+.
Smoke est l'archétype même du projet ambitieux. Alors que son précédent programme susnommé avait été une excellente surprise saluée unanimement par la critique de par son caractère sombre et quasi-mystique, le réalisateur de cette oeuvre essaie ici d'adapter au petit écran la sombre histoire du pompier pyromane John Leonard Orr, terreur des Etats-Unis durant la deuxième moitié du XXème siècle. Pour ce faire, l'intrigue se déroulera dans un univers d'intrigue policière en ayant pour toile de fond la résolution de plusieurs crimes liés à des incendies volontaires. Autant dire que, de par son scénario, cette série avait tout pour devenir un projet alléchant, digne de rester dans les mémoires.
Au départ, Dennis Lehane semblait avoir compris les tenants et aboutissants de son oeuvre. Les plans de vue sont d'une efficacité redoutable. Le spectateur est happé par les images et les différentes scènes d'incendie qui apparaissent comme étant d'un particulier réalisme, parfois à la limite du gore et du choquant. Le premier épisode est ainsi on ne peut plus mémorable, tant et si bien que l'on espère - et surtout que l'on croit - assister à la vision d'une série qui fera date.
Cependant, au fil des épisodes, l'ensemble devient souffreteux, à la limite du bancale. L'atmosphère embruinée du début qui plongeait le spectateur dans un monde nébuleux mais profondément intéressant laisse peu à peu la place à un univers fait d'interrogations où les coups de théâtre apparaissent comme de plus en plus tirés par les cheveux voire même totalement incompréhensibles. On ne compte plus les moments "ta gueule, c'est magique" qui apparaissent en seconde partie de série et qui font sortir le spectateur du show. D'abord ébloui, ce dernier connaît le doute, l'incompréhension puis finalement la résignation apathique. Quelle déception !
A croire que le réalisateur s'est perdu en cours de route en voulant évoquer une multitude de sujets sans parvenir réellement à les traiter en profondeur. Comme on a coutume de le dire, à vouloir tout faire, on finit par perdre de vue son principal objectif et produire un résultat proche du néant. Ainsi, à titre d'exemple, si la question du Mal - sujet phare de Dennis Lehane- est évoquée à maintes reprises, on ne peut que déplorer le manque de justesse et surtout de finesse avec laquelle elle est emmenée. A titre de comparaison, Black Bird tournait autour des mêmes problématiques en étant bien plus crédible et authentique. Le terrain de jeu de Smoke semblait pourtant on ne peut plus propice pour développer ces thématiques. Cependant, nonobstant le début de la série, cette dernière semble s'essouffler à vue d’œil, à mesure que l'intrigue se développe.
Concernant les personnages, si Taron Edgerton - déjà présent au casting de Black Bird - et Ntare Mwine proposent une partition particulièrement réussie, on ne peut que déplorer l'écriture des protagonistes, tous plus caricaturaux les uns que les autres. Comme dans une multitude de séries actuelles, le réalisateur semble sacrifier à son récit la création de ses rôles-titres. Stéréotypés, bourrés de facilités scénaristiques déjà vus à maintes reprises, les personnages souffrent de ces lieux communs qui enlaidissent particulièrement la proposition faite par Smoke. Les regrets n'en sont que plus prégnants.
Partant, malgré les nombreux points positifs présents surtout en début de série, cette dernière semble peiner à tenir son rang au fil des épisodes. Alors que l'intrigue semble s'étioler petit à petit, elle finit par s'éparpiller dangereusement pour finir par perdre sérieusement de son intérêt. Ces nombreuses irrégularités nuisent particulièrement au récit et l'empêche alors d'atteindre les sommets auxquels Smoke semblait pourtant promis. Il en ressort une proposition malgré tout intéressante mais bien trop instable pour rester durablement dans les mémoires des spectateurs et du petit écran de manière générale. Bref, entre proposition d'apparence grandiose et écran de fumée, cette série finit par faire pschitt.