Parjure ou pragmatisme ?
Quand la religion se mêle à la loi, quand la morale découle de la foi, quand la cour sacralise l'amplitude de la voix, quand la pression religieuse loge sous les toits et que le jury soit en émoi pour des arguments à la noix, quelle garantie reste-t-il de la justice ?
Sous le joug du maccarthysme qui persévère doucement, Stanley Kramer offre un film juridique explosif sur la liberté de pensée. Le scénario, l'écriture des dialogues et la brillante mise en scène (notamment cette merveilleuse utilisation de l'arrière-plan, qui devient ici riche, utile et nécessaire à chaque scène) répondent aux performances démentielles de Spencer Tracy et Fredric March, qui sont ici — plus que des acteurs — de véritables missionnaires de ce qui sépare l'humain en deux camps : la Foi et la Science.
Chef d'oeuvre plutôt méconnu de notre temps (l'accueil lors de sa sortie n'était pas grandiloquent en terme de chiffre mais le public concerné, intellectuel et progressiste, en a pensé beaucoup de bien), Procès de singe est un film coup de poing qui, comme toute grande création engagée, traite d'un sujet inhérent non pas au vent mais à l'humain. 2 heures de joute verbale exaltante qui traverse les âges...et les âmes.