Avec Accident Man, Jesse V. Johnson tente une incursion dans le cinéma d’action pulp, en adaptant un personnage issu d’un comics britannique peu connu, imaginé dans les pages de Toxic! dans les années 1990. Véritable passion project pour Scott Adkins — acteur et scénariste ici — le film affiche clairement sa volonté de rendre hommage aux séries B musclées des vidéoclubs, en y injectant humour noir, castagne à l’anglaise et ambiance néo-noire sur fond de vengeance. Mais malgré cette ambition louable, l’ensemble reste confiné dans une bulle d’efficacité modeste, sans grande ampleur ni audace.
Un comic noir au goût de déjà-vu
Le postulat est simple : Mike Fallon, tueur à gages spécialisé dans les "accidents", cherche à venger la mort de son ex. Ce canevas, qui aurait pu donner lieu à une virée déjantée dans l’underground londonien, reste malheureusement balisé. Le film hésite entre satire et récit de vengeance classique sans jamais vraiment trancher. L’écriture manque de mordant, les rebondissements sont attendus, et les dialogues, bien que parfois amusants, sonnent souvent creux. Le ton se veut irrévérencieux, mais le script manque de la folie ou de la noirceur qu'on espérait d’un tel matériau.
les muscles, pas les émotions
Scott Adkins incarne son rôle avec conviction : il maîtrise son personnage de dur à cuire, pince-sans-rire, mais n’y apporte pas de réelle nuance. Autour de lui, Ray Park, Michael Jai White et Amy Johnston forment un groupe de tueurs hétéroclites, plus intéressants sur le papier que dans leur développement à l’écran. Si la camaraderie et les tensions entre eux offrent quelques bons moments, les personnages secondaires restent trop schématiques pour vraiment exister. Mention honorable tout de même pour Ray Stevenson, en mentor grisonnant, qui apporte un peu de gravité.
Baston stylée mais platitude visuelle
Jesse V. Johnson, ancien cascadeur, sait chorégraphier des combats percutants et lisibles. Les affrontements sont nerveux, parfois inventifs, et mettent à profit les capacités martiales de son casting. C’est clairement l’atout principal du film. En revanche, la réalisation hors des scènes de combat manque cruellement d’identité : cadrages convenus, direction artistique terne, éclairages plats. La ville de Londres n’est jamais exploitée comme un décor vivant ou stylisé, ce qui empêche Accident Man d’avoir un cachet visuel marquant.
Une série B qui manque de mordant
En voulant mixer hommage, action old-school et humour british, Accident Man livre un produit honnête, mais trop sage pour marquer durablement. Si les amateurs d’arts martiaux et de bastons stylisées y trouveront leur compte, les autres risquent de s’ennuyer passé la première demi-heure. Le potentiel du matériau d’origine n’est qu’effleuré, et le film, malgré ses efforts, ne dépasse jamais le stade du divertissement à usage unique.
Verdict : 4/10
Accident Man aurait pu être un exutoire fun et délirant, un Kick-Ass version baston. Mais entre écriture paresseuse, réal plate et humour qui tombe souvent à plat, on se contente d’un DTV soigné mais quelconque. À réserver aux fans inconditionnels de Scott Adkins ou aux curieux du cinéma d’action bis.