Au fin fond de l'espace, un homme se réveille seul sans aucun souvenir. Dans le vaisseau qui le conduit près d'une étoile qui n'est pas notre Soleil, il découvre qu'il est le dernier membre d'une mission capitale pour la survie de la Terre...
On n'en dira plus et on vous conseille même de vous tenir éloignés de tout matériel promotionnel autour du nouveau film de Phil Lord et Chris Miller tant celui-ci mérite d'être découvert avec le moins d'informations possibles à son égard, pour mieux quelque part se rapprocher de la condition hagarde de son personnage principal sur les évènements qui l'ont conduit ici (dévoilés peu à peu avec des flashbacks épousant l'éveil de certains pans de sa mémoire), sur ce qu'il va y découvrir en vue de poursuivre bon gré mal gré les objectifs de son périple et, surtout, comment, grâce à cela, il va prétendre à une meilleure version de lui-même que celle laissée sur Terre.
Adapté du roman d'Adam Weir (auteur de "Seul sur Mars"), "Project Hail Mary" n'est certes pas un film qui révolutionnera les canons SF des voyages désespérés de l'humain aux confins de l'espace en vue d'assurer la survie de son espèce mais, sans doute poussés par l'envie débordante de faire enfin leurs premiers pas dans le genre (après leur renvoi malheureux de "Solo: A Star Wars Story", en cours de tournage) Phil Lord et Chris Miller se les réapproprient avec une telle fougue, une envie de vraie épopée spatiale plaçant avec émotion et intelligence la destinée humaine en son centre de gravité, qu'il en devient le blockbuster hollywoodien le plus attachant qu'il nous ait été donné de voir depuis un bon moment !
Usant avec brio de la légèreté de ton qu'on leur connaît et dont Ryan Gosling devient le moyen d'expression idoine en poussant encore plus loin sa facette comique déjà entrevue de type maladroit et veule (ici couplé à un esprit de chercheur), le tandem joue sur les perspectives fascinantes -et ce à bien des niveaux plus ou moins littéraux- de cet homme réduit à une fourmi prise au piège de sa solitude au milieu du gigantisme du néant spatial. Évidemment, ce statu quo d'isolement inextricable va bientôt être bousculé par un nouveau contexte extraordinaire, établi par l'apparition d'un lien improbable, d'une force de plus en plus indéfectible et qui va même permettre à son chercheur de se reconstruire afin d'aller chercher, à travers d'éminents morceaux de bravoure, une définition de soi qu'il n'aurait su être auparavant (brillamment mise en parallèle avec les réminiscences de sa mémoire jusqu'au terme du film).
Là où cette relation inattendue atteint des strates émouvantes sans cesse grandissantes tout en jouant avec talent sur l'attrait inaltérable du spectateur pour le vivier d'inconnues de l'espace (et la manière dont on pourrait se connecter à elles), se bâtit en réalité le portrait d'un héros. Un héros qui n'aurait jamais pu l'être sans être mis autant à l'épreuve, sans trouver un rocher d'innocence auquel s'accrocher pour faire rejaillir sur lui tout son potentiel tel un miroir annihilateur des chaînes l'ayant autrefois empêché de l'exploiter. Un héros façonné dans l'écrin d'une vraie réussite de blockbuster, alliage parfaitement équilibré entre la quête intime touchante et un sens imparable du divertissement à grand spectacle où tout, sur la forme, se met au diapason de la croissance de ce personnage à travers les étoiles. Un héros dont la mission représente peut-être la dernière chance de l'humanité mais aussi la plus grande pour nous faire vibrer au fur et à mesure que la sienne se révèle dans toute son ampleur.