Il fut un temps où l’on imaginait le salut du monde porté par des épaules d’acier, des grands durs et des certitudes simples. Aujourd’hui, ce sont des hommes fragiles, hésitants, presque ordinaires, qu’on est obligé de cavaler pour lui foutre une bonne picouse, l’envoyer dans l’inconnu, afin de sauver le monde, c’est dire que le titre est bien choisi, parce que ce n’est pas gagné. Et c’est peut être cela qui rend ce film réussi, et cette histoire touchante.
Dans Projet Dernière Chance, porté par Ryan Gosling, tout commence comme un vertige. Un réveil sans repères, une mission dont le sens se dévoile lentement, comme un souvenir qui remonte à la surface. Très vite, on comprend que le voyage ne sera pas seulement spatial. Il sera intérieur, presque intime. Le film donne cette sensation rare dès les premières minutes, celle d’être embarqué loin, très loin, sans savoir exactement où l’on va, mais avec l’envie d’y aller.
Il y a dans ce récit une douceur inattendue. Une humanité discrète qui s’installe au fil des scènes, faite de musique qui font voyager. Et puis, surgit l’improbable. Une rencontre. Une présence étrange, silencieuse et pourtant bouleversante. Rocky. Une drôle de créature qui n’a rien d’humain, et qui pourtant incarne peut être ce qu’il y a de plus pur dans cette histoire. Entre eux, aucun langage commun au départ, mais quelque chose de plus fort s’invente. Une amitié chaotique, intelligente, presque enfantine, qui devient le cœur battant du film.
Face à Ryland Grace ( Ryan Gosling ), l’autorité et l’urgence prennent les traits de Eva Stratt en Sandra Hueller. Une figure à la fois sombre et profondément vivante, qui apporte une énergie singulière, presque mathématique. Elle ancre le récit dans une réalité plus sèche, plus terrestre, tout en laissant passer une forme d’ironie, parfois même de légèreté.
Le film avance alors comme une traversée de poussière blanche. Entre science et émotion, entre solitude et lien d'amitié. Faire naître un sourire là où l’on attendait seulement du spectacle. Avec de belles images qui installent une atmosphère pleine de lumières et de terreur.
Ce qui reste, au fond, c’est cette rencontre, une sensation d’équilibre fragile. Entre le rire et la peur de l’inconnu. Entre l’immensité du vide et la chaleur d’une présence. Projet Dernière Chance, signé de Phil Lord et Christopher Miller, n’est pas seulement une histoire de fin du monde. C’est aussi une histoire de lien, de hasard, d'émotion, quand ce qui est en jeu, dépasse de loin sa propre vie, et l’ordonne malgré l’angoisse de continuer, vivre sans jamais laisser l’autre souffrir, même si tout semble perdue.
Un film qui cherche à toucher juste, au fin fond de cet opéra interstellaire. Interroger sa survie dans l’infini cosmique, même si parfois le film s’égare dans un excès de sentimentalisme appuyé. Au final, ça reste un bon film