Je suis allé regarder Project Hail Mary pour accompagner un ami, et parce qu'il n'y avait rien eu d'attirant en salle depuis trop longtemps. Je n'en attendais presque rien : ses images de promo m'évoquaient une prod à la Netflix, Ryan Gosling me laisse indifférent, et le peu que j'en ai lu le comparait à un Interstellar du pauvre. Le résultat est heureusement bien supérieur à mes piètres attentes, et le film se hisse au statut de bon divertissement, sans atteindre la barre du recommandable.
Ma plus grosse erreur de prédiction concerne la qualité de la réalisation et le budget, car visuellement, le film met le paquet. On ne lésine pas sur les plans à effets spéciaux, et je n'ai jamais pris le film en défaut. À vrai dire, malgré la présence d'un alien et le fait qu'une grosse moitié de l'histoire se déroule dans l'espace, je n'ai jamais vraiment douté de la réalité de ce que j'avais sous les yeux, ou remarqué des incrustations foireuses. La réalisation est compétente, ça ressemble bien plus à un film de cinéma qu'à un truc suréclairé pour VOD, et je n'ai heureusement pas ressenti le côté HDR dégueulasse que me laissait craindre sa vilaine affiche.
Ryan Gosling me laisse toujours aussi indifférent. Je commence à l'avoir vu dans un paquet de films (Drive, Crazy Stupid Love, La La Land, Blade Runner 2049, Fracture, Stay) et... à la manière d'un Bale ou d'un Fassbender, c'est un acteur sérieux, qui fait le taf, mais ne me fait jamais ressentir grand-chose. J'ai souvent pensé à The Martian, pendant, et après le film — je pensais que c'était uniquement lié au pitch et au ton, mais il s'avère que les deux films sont adaptés de romans du même auteur — et je trouve que Matt Damon insufflait beaucoup plus de charisme, d'humour et d'humanité à son personnage, dans le film de Ridley Scott.
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Gosling n'est pas aidé par le script qui le balance tout seul, face caméra, pendant une bonne partie de l'histoire, et l'oblige à porter tout le projet sur ses épaules ciselées. À ma grande surprise, malgré les comparaisons à Interstellar et ses étiquettes "Aventure, Drame, Science-fiction", le film est principalement une comédie.
Et je ne vous parle pas juste de blagounettes Marvel qui désamorcent toute tension, mais plutôt d'une tension généralement inexistante, car le film est trop occupé à aligner des blagues potaches et des gags visuels de son héros qui se prend les pieds dans des objets et se pète la gueule dans des coursives de vaisseau. Et je dois admettre que pour ce genre de comédie physique, Gosling s'en tire plutôt bien, mais... c'est pas vraiment ce pour quoi j'avais signé.
C'est d'autant plus dommage que lorsqu'il accepte d'être dramatique, le film est étonnamment solide, grâce à de bons seconds rôles comme Carl (Lionel Boyce) et Eva (Sandra Hüller) dont le sérieux monolithique contraste avec l'andouille maladroite qui sert de protagoniste. Je ne suis généralement pas fan des structures narratives à base de flashbacks, mais dans Project Hail Mary, les flashbacks sont clairement les meilleures scènes, et c'est quand on se retrouve dans l'espace que les choses se gâtent un peu.
Rien de grave, mais l'absence de sérieux et la surabondance de blagues sabotent le potentiel dramatique du film. Ses rares moments épiques sont saturés par des musiques tonitruantes qui essayent très fort de faire de l'Interstellar sans trop copier, et de nous expliquer très clairement ce qu'on est censé ressentir à tel ou tel moment. Il y a des moments où ça fonctionne, et même si je n'ai jamais réellement senti les personnages en danger ou en difficulté – car tous les problèmes qui se présentent à eux sont promptement résolus –, j'étais plutôt dedans, et curieux de connaitre la suite de l'histoire.
The Martian avait su trouver un bien meilleur équilibre, avec un réel sentiment de danger et de désespoir, en infusant l'humour par la personnalité de son protagoniste, et en laissant le film résonner émotionnellement de lui-même. Project Hail Mary préfère sortir les violons en essayant de susciter de l'émotion, alors qu'il nous dit depuis deux heures qu'on est là pour se fendre la poire. C'est un équilibre subtil que le film ne trouve jamais, et qui l'empêche de s'élever au-delà d'un bon divertissement souvent drôle, à l'ambiance légère et optimiste, et qui vous fera passer un moment agréable mais loin d'être inoubliable.