Ce préquel de la saga Alien est tout de même un pur Ridley Scott. J'ai vraiment adoré le film, mais il cumule beaucoup trop de défauts pour prétendre à une note plus élevée, même si mon cœur en a très envie.
Il faut d'abord évoquer son contexte, qui est vraiment gratifiant. Certes, Prometheus retire une partie du mystère qui entourait la franchise, mais en contrepartie, il est passionnant de découvrir les origines de cet univers et de ses créatures. L'introduction des Ingénieurs est sans doute l'aspect le plus réussi de ce nouvel arc narratif. Leur simple présence impose quelque chose de puissant, d'ancien et d'effroyable. Ils inspirent une véritable terreur, sans avoir besoin d'en faire des tonnes. La scène d'ouverture est magistrale et donne immédiatement le ton. Si la dimension horrifique est bien présente, le film est davantage porté par la découverte que par la peur pure, et c'est justement ce qui m'a plu.
J'ai également adoré retrouver l'ambiance poisseuse et oppressante des premiers films. Ridley Scott sait toujours aussi bien filmer les espaces immenses, froids et silencieux, tout en donnant l'impression que le danger est partout. La musique est magnifique et participe énormément à cette atmosphère. Le casting est également une vraie réussite. Noomi Rapace et Charlize Theron sont impeccables. J'ai aussi beaucoup aimé Logan Marshall-Green, que j'ai longtemps confondu avec Tom Hardy tant leur ressemblance est frappante. En revanche, je suis un peu moins convaincu par la prestation de Michael Fassbender. Elle est loin d'être mauvaise, mais je suis resté un peu en dehors de son interprétation.
Je parlais de défauts, et malheureusement il y en a beaucoup. Le plus gros d'entre eux, c'est évidemment cette affreuse sensation de copier-coller que l'on ressent tout au long du film vis-à-vis du premier Alien. Le schéma narratif est, à peu de choses près, identique. Une expédition spatiale tourne au cauchemar après la découverte d'une forme de vie extraterrestre. Des parasites s'introduisent dans le corps de leurs victimes avant d'en émerger de manière particulièrement brutale. L'équipage est une nouvelle fois dysfonctionnel. On retrouve encore un androïde ambigu, qui finit lui aussi décapité. Les parallèles sont si nombreux qu'ils finissent parfois par donner l'impression que le film rejoue simplement les grandes étapes du premier opus sous une autre forme. À force, cela en devient presque caricatural.
Les dialogues auraient également gagné à être plus profonds. Le film soulève pourtant des questions immenses sur les origines de l'humanité, la création, la foi ou encore la place de l'homme dans l'univers. Mais il reste souvent en surface, comme s'il n'osait jamais aller jusqu'au bout de ses propres ambitions philosophiques.
Surtout, le film souffre régulièrement d'un manque de crédibilité. Certains comportements ou certaines décisions paraissent difficilement défendables, tant ils manquent de logique ou de naturel. Les personnages sont pourtant censés être des scientifiques ou des spécialistes, mais ils prennent parfois des décisions qui semblent uniquement exister pour faire avancer le scénario, ou justifier des séquences horrifiques. À cela s'ajoutent plusieurs incohérences avec le lore de la saga. On se demande parfois pourquoi Ridley Scott a tenu à rapprocher autant Prometheus du premier Alien si c'était pour créer autant de dissonances avec ce que l'on connaissait déjà.
Quoi qu'il en soit, c'est tout de même un immense plaisir de retrouver Ridley Scott aux commandes de sa franchise phare. Son sens de la mise en scène, son goût pour les images monumentales et sa capacité à créer une atmosphère restent largement au-dessus de la moyenne. J'ai apprécié presque chaque seconde de cette redécouverte de l'univers d'Alien, tout en pestant contre chacune des profanations que le film inflige, selon moi, à sa propre mythologie.
C'est probablement ce qui résume le mieux mon ressenti : j'ai adoré Prometheus, tout en regrettant constamment ce qu'il aurait pu être.