Prosper
5.1
Prosper

Film de Yohann Gloaguen (2024)

Un corps, deux âmes, et des bottines en croco

Avec Prosper, Yohann Gloaguen signe une comédie urbaine hybride et culottée, qui mêle polar métaphysique, buddy movie intérieur et satire sociale, le tout porté par un Jean-Pascal Zadi en très grande forme. Le point de départ – un chauffeur Uber qui hérite de la conscience d’un gangster en chaussant ses bottines – aurait pu verser dans la farce gratuite, mais le film assume son absurdité avec un sens rare du rythme et du ton.


Prosper, loser attachant, est le prototype du mec qui n’a jamais eu de chance. Quand il se retrouve malgré lui possédé par "King", un caïd charismatique tout droit sorti d’un polar 90s, c’est le début d’une cohabitation aussi explosive qu’improbable. Le duo – bien qu’incarné par une seule personne – devient l’atout comique du film : Zadi se démultiplie avec brio, incarnant tantôt l’ingénuité naïve de Prosper, tantôt la froide assurance de King, avec un jeu très physique et une diction impeccablement contrastée.


La mise en scène de Gloaguen, vive et nerveuse, multiplie les clins d’œil au cinéma de genre (de L’Échine du diable à Get Out, en passant par Freaky Friday), tout en gardant un ancrage très français : on navigue entre banlieue parisienne, trafics de rue et Uberisation du quotidien. La photographie nocturne, signée Claire Mathon (Portrait de la jeune fille en feu), donne une densité visuelle inattendue à cette fable déjantée.


Côté casting, Cindy Bruna surprend dans un rôle tout en ambiguïté, oscillant entre love interest et potentiel suspecte. Mamadou Minté, lui, campe un lieutenant de quartier magnifiquement caricatural, entre menace sérieuse et comédie pure.

Une allégorie sociale masquée


Sous ses atours de film loufoque, Prosper aborde des thématiques bien plus profondes : la dépossession de soi, l’identité masculine, la gentrification violente des quartiers populaires, ou encore la tentation du pouvoir. Que fait-on quand on a enfin des "bottines à sa taille" ? Jusqu’où peut-on aller quand on a les outils, mais pas la vocation ?


Le film évite le piège du discours moralisateur en gardant toujours l’humour au premier plan. Certaines scènes frôlent même l’absurde kafkaïen, notamment lorsque Prosper/King se rend dans une réunion d’anciens détenus... sans être jamais allé en prison.

Creotivemedia
6
Écrit par

Créée

le 25 juin 2025

Critique lue 35 fois

Creotivemedia

Écrit par

Critique lue 35 fois

D'autres avis sur Prosper

Prosper

Prosper

6

GuillaumeL666

8441 critiques

Tchiki boum

C'est très étrange le sentiment que l'on peut ressentir en sortant du cinéma après avoir vu Prosper. C'est un film qui nous montre plein de choses qu'on a pas l'habitude de voir dans le cinéma...

le 21 mars 2025

Prosper

Prosper

6

Josselin-le-gamin

125 critiques

Croc affaire

Rien que pour voir Jean-Pascal Zady avec des cheveux ça vaut le coup.On peut commencer par saluer une chose des comédies fantastiques françaises on en voit très peu d'ores et déjà ça attire...

le 19 janv. 2025

Prosper

Prosper

6

Fatpooper

14177 critiques

Double sourire

Je croyais que c'était un film où Zadi allait faire son Eddie Murphy du professeur Foldingue, c'est-à-dire un film où il joue plusieurs rôles, finalement c'est plus le Eddie Murphy du Flic de San...

le 31 juil. 2025

Du même critique

Terrifier 3

Terrifier 3

8

Creotivemedia

317 critiques

Incontournable

Dans un paysage cinématographique où l’horreur ne cesse d’évoluer, Terrifier 3 s’impose comme un véritable choc. Suite aux événements traumatisants de l’Halloween précédent, Sienna et son frère...

le 7 oct. 2024

La Chute de la maison Usher

La Chute de la maison Usher

8

Creotivemedia

317 critiques

Une Revisite Contemporaine Poignante de l'Œuvre d'Edgar Allan Poe

"La Chute de la maison Usher", la dernière création du réalisateur Mike Flanagan, est une adaptation contemporaine de la célèbre nouvelle d'Edgar Allan Poe. La série offre une expérience captivante...

le 17 oct. 2023

Clamser à Tataouine

Clamser à Tataouine

10

Creotivemedia

317 critiques

Une odyssée sociopathe sous amphétamines – drôle, glauque, dérangeante.

« La discutable dextérité dont j'ai fait montre pour me dépatouiller de mon existence laisse à penser que je suis tout sauf un exemple à suivre. » Le ton est donné. Le narrateur de Clamser à...

le 15 mai 2025