Au-delà des gunfights couplés d’une romance, Public Enemies pérennise un thème cher au cinéaste : la confrontation transversale du Bien et du Mal. Réfutant encore une fois la polarité du manichéisme, Mann déploie cette fois encore son univers des luttes jusqu’à l’accomplir dans sa mise en scène. La lutte ne s’exprime plus que dans le scénario, elle trouve son accomplissement à travers la réalisation.
Oeuvrant à ce qui s’apparente à un film noir, Mann prend le contre-pied de chacun des parangons du genre. Exit les rues sombres où des cohortes de malfrats sortent des nappes de brume, exit les grands styles à la Paul Muni, James Cagney ou Clark Gable, la volonté de Mann n’est pas identique à celle d’un Tarantino. Où ce-dernier prend soin de conserver l’imaginaire de ses références pour mieux les mâtiner d’éléments hétérogènes, Michael Mann tient à réorganiser l’ensemble de son corpus référentiel. Le Dillinger de Johnny Depp n’est pas un héros ou une légende, il est avant tout un homme, traversé par ses faiblesses, jamais excusés ni accusés de ses crimes par la mise en scène. De même Christian Bale, rarement aussi remarquable, bénéficie du style de Mann pour dévoiler l’entière teneur de son jeu en retenu.
La granité des peaux que permet de contempler la HD de Dante Spinotti, le directeur de la photographie, donne aux mouvements des corps dans ces États-Unis des années 30 une véritable carnation, défaite des afféteries de la photogénie. Le mouvement des images, d’une fluidité sensationnelle, applique enfin le vieux rêve epsteinien de la cinégénie. Le projet avoué par Mann, de plonger le spectateur au cœur de la Grande Dépression, plutôt que lui exposer les évènements à distance, est pleinement réussi. Le sol aride et le cadre noir de la porte de prison sur lesquels s’ouvrent le film annoncent la nouvelle trouée que poursuit Michael Mann depuis Collateral.