Enlisé dans une guerre du Vietnam qui trouve de moins en moins de soutien dans la population, le Président Nixon décide de mettre en application un décret publié dans les années 50 le "Mc Carran act", qui permet de maintenir en détention toute personne soupçonnée de mettre en péril la sécurité intérieure, sans procès, ni preuves.
Dans un camp militaire où sont réunis des militants pacifistes, des étudiants dissidents et des opposants politique, des journalistes sont conviés à assister à un simulacre de procès au cours du quel toutes les personnes présentes seront condamnées pour trahison.
Elle ont alors la possibilité de commuer leurs peines de prison, qui peut aller jusqu'à vingt années, en participant à une course d'orientation, qui doit leur faire traverser le désert, sur une distance de 85 kilomètres, sans assistance, sans vivres ni eau, jusqu'à un drapeau américain qui symbolisera pour ceux qui l'atteindront leur soumission au régime.
Ils seront de plus poursuivis par des forces de police et des unités paramilitaires lancées après eux, armées, équipées et avec la mission d'empêcher les condamnés d'atteindre le but et donc l'utopie de la liberté retrouvé.
Ce scénario que l'on croirait sorti d'un imaginaire fertile de gouvernement totalitaire, voire tyrannique, est amplifié par le parti pris radical du réalisateur Peter WATKINS qui choisit de filmer tout ceci comme un documentaire, rendant au film un rendu à la fois cru et réaliste, où les considérations de cadrages, de lumières, de mise en scène sont reléguées au second plan pour privilégier d'avantage l'aspect réel et l'immersion du spectateur qui est invité à voir tout ceci comme étant un reportage diffusé sur une chaîne d'information.
Beaucoup considèrent qu'il s'agit du premier documenteur de l'histoire du cinéma. C'est oublier que le cinéaste avait eu recours à ce dispositif à au moins de reprises avant celle-ci, avec les films "La bombe" et "Culloden". Ce film à la portée politique prodigieuse, a mis à mal le gouvernement américain, qui l'a censuré et encore aujourd'hui il est interdit aux USA. Il pose la question de la légitimité de l'état, de l'indépendance de la justice et de la presse et s'il prend cours durant la fin des années soixante, il fait écho à certaines lois et décrets récemment adoptés par des pays d'occident, dont la France, qui permettent la détention, sans décision de justice, à partir de soupçons souvent non argumentés de personnes dans le cadre des lois liés à l'état d'urgence, ou les lois qui restreignent les droits fondamentaux à manifester.
Un film coup de poing, qu'il serait peut-être temps de redécouvrir dans le climat actuel.