La guerre du Vietnam s'étire, la contestation de jeunes Américains gronde de plus en plus fort. Le président Nixon a décrété l'Etat d'urgence, et autorise les forces et l'ordre et la justice à arrêter les agitateurs potentiels ou avérés.
Pacifistes, communistes, objecteurs de conscience, féministes, défenseurs des droits civiques : tous sont jugés sommairement, et confrontés à un choix. Une lourde peine de prison, ou une épreuve de survie à Punishment Park, où ils devront parcourir un désert sans vivre, traqués par les forces de police.
Il s'agit évidemment d'une œuvre de fiction, mais "Punishment Park" brouille en permanence les pistes. Adoptant la forme documentaire (voix-off, caméra à l'épaule...), et faisant croire qu'une équipe de documentaristes britanniques et ouest-allemands filment le fonctionnement de ce système répressif.
Une sort de documenteur très fort. Le concept est finalement simple, mais diablement efficace, et porté par des acteurs inconnus très convaincants. Auxquels Peter Watkins a laissé une grande marge d'improvisation. D'un côté, les condamnés qui tentent de survivre à Punishment Park, marqués par la soif, le soleil, et poursuivis par les policiers guère affables. Et en parallèle, le prochain lot, dont on verra le jugement expéditif et ultra politisé.
L'occasion de livrer une palette de ce que l'on peut trouver dans l'opposition américaine, et des débats politiques très intéressants. Forcément, il s'agit surtout à travers cette quasi-uchronie de donner un piédestal à la contestation et de critiquer les dérives d'un état autoritaire. Mais tout ceci semble aujourd'hui tristement proche quand on voit les forces ICE et consorts traquer les migrants aux USA, et les détenir dans des conditions très dures...
Tandis que l'aspect documenteur n'a rien de gratuit. Les forces de l'ordre ne voyant aucun problème à mettre en place les "punitions" tout en sachant qu'ils sont filmés, cela rajoute une couche dans la critique d'un système cynique. On y voit même l'opposition entre les Américains conservateurs et les Européens. Les premiers méprisants ouvertement les seconds, qui les jugent. Là encore, c'est troublant d'actualité !
"Punishment Park" est ainsi une oeuvre singulière, qui n'a (malheureusement) rien perdu de son impact et de sa pertinence...