Clouzot nous offre un whodunit à la française, cette France d'après guerre dans lequel il dresse un portrait d'une noirceur jubilatoire et d'une humanité bouleversante. Il excelle à filmer le Paris populaire de l'immédiat après-guerre, l'ambiance est lourde, poisseuse, marquée par le froid (on se chauffe comme on peut) et la dèche. La description des coulisses du music-hall et, bien sûr, des bureaux du 36, Quai des Orfèvres, est d'un réalisme quasi-documentaire.
L'intrigue se noue dans le milieu modeste du music-hall parisien, nous ne sommes pas dans le moulin rouge, mais une salle modeste. C'est dans ce cadre de film noir que Jouvet trimballe sa défroque de flic désabusé, furetant et questionnant ses suspects comme le ferait plus tard un certain Colombo, tout en faisant preuve d'une ironie mordante.
Il n'y a pas de bons et de méchants, tout le monde ment, tout le monde a quelque chose à cacher, les personnages jouent à un jeu dangereux dans lequel Clouzot nous embarque pour nous faire comprendre que nous aussi, avons été dés le départ adroitement manipulé.
Il est intéressant de voir des thématiques en avance sur leurs temps, comme le métissage ( l'enfant de l'inspecteur Antoine est noir), l'homosexualité ( la photographe qui en pince pour "Jenny Lamour") et la toxicité masculine personnifié par l'homme d'affaire qui profite de sa position pour abusé de jeune filles. Des thématiques trés présente de nos jours , dans de nombreux films et séries tv.
Sans oublier l'interprétation d'exception de Bernard Blier en marie faible et jaloux qui au bout de cet histoire va etre démoli psychologiquement.
C'est une œuvre d'art totale où la mise en scène au cordeau, l'interprétation théâtrale mais d'une justesse folle et la peinture psychologique des personnages n'ont pas pris une ride.