Voir, ou revoir un film de Robert Bresson, c'est se confronter à la recherche de la vérité et du sublime par le biais de l'austérité et de l'opacité, à la perfection plastique de l'objet cinématographique, à cette chorégraphie comme une symphonie technique et sonore unique où tout fait sens à chaque instant.
Dans " Quatre nuits d'un rêveur" nous avons à faire au meilleur du cinéma si singulier et si unique de Robert Bresson, c'est à dire du côté de ses plus grands chefs d'oeuvres comme "L'argent" ou " Le diable probablement", la dernière partie de la filmographie du révérend Bresson, étant la meilleure, nous bouleversent, et cela pour des années, comme le disait si bien Marguerite Duras.
Dans cette oeuvre qui nous irradie à chaque instant, Robert Bresson, nous parle de l'amour, de la déception, de l'art, mais surtout d'un jeune rêveur en quête de nouveaux sens, bloqué entre un passé, des idéaux, des personnages fantomatiques, de jeunes artistes, de jeunes gens fringants, désabusés, qui évoluent à la recherche du rien, du tout, de concepts, du côté obscur de leurs désillusions, cherchant à se retrouver, se raconter, dans un appartement, seuls, à Pont Neuf, des discussions, des existences, des fêlures, un bateau surréaliste, des mélodies rêveuses, la beauté artistique des décors naturels, cette technologie grandissante (qui sera encore plus flagrant dans Le diable probablement notamment, qui est probablement son chef d'oeuvre caché, sa perle rare, sa perle noire ) entourant un monde où le ciel est à l'impossibilité de s'ouvrir pleinement ici-bas, alors la lune s'entrouvre laissant la possibilité de deux âmes meurtries et égarés de peut-être s'allier, mais finalement c'est le recommencement à la création, ou à la banalité austère morne existentielle du jeune rêveur, alors tout est à revivre, ressentir, reconstruire, recommencer, seul, artistiquement.
Une œuvre de Bresson ça se mérite, son atmosphère intense se vie, se subie, se mérite, et s'admire dans chacun de ses moindres recoins.
Un chef d'oeuvre, probablement.