Qu'est-ce qui fait d'un polar un excellent film (ou roman) ? Son intrigue, pour sûr, son suspense, c'est une évidence, mais aussi la profondeur psychologique de ses personnages et, cerise sur le holster, une intensité atmosphérique à couper au couteau. De ces deux derniers points de vue là, au moins, Que Dios nos perdone dépasse largement le cahier des charges requis. Ambiance suffocante garantie dans un Madrid sous canicule alors qu'un tueur en (vieille) série court les rues. Rodrigo Sorogoyen, pour son troisième film et avec une longue expérience dans les séries TV, malgré son relatif jeune âge, a la maturité nécessaire pour ne pas se contenter d'un récit linéaire et faire court-circuiter à plusieurs reprises une narration qui semble plus s'attacher aux failles de ses policiers qu'à l'enquête elle-même, celle-ci étant d'ailleurs soumise aux hasards et coïncidences autant sinon plus qu'à la perspicacité des condés (ceci dit, il y a une poursuite à pied véritablement haletante). On passera sur certaines facilités de scénario car manifestement l'intérêt est ailleurs, dans la noirceur humaine et la violence sous-jacente chez tout un chacun. Cela conduit parfois le film aux confins du sinistre et du sordide, ce qui n'était pas vraiment nécessaire. Que le spectateur lui pardonne car son duo de policiers est fort en caféine, notamment celui joué par le génial Antonio de la Torre, déjà à l'affiche de La isla minima et de La colère d'un homme patient, sûrement pas un hasard. A l'instar de la Corée, l'Espagne connait actuellement une recrudescence de cinéastes "noirs" au grand talent. Rodrigo Sorogoyen a démontré avec son film précédent, Stockholm, qu'il était capable d'exceller dans des genres très différents. Il serait étonnant qu'il s'arrête en si bon chemin.