Madrid, été 2011. Entre le Movimiento 15-M qui occupe les places et la visite de Benoît XVI pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, la ville suffoque. Deux millions de pèlerins annoncés, une police sous pression et pour couronner le tout une chaleur qui écrase tout. Dans cet air saturé de foi et de colère, un tueur vise des femmes âgées. L'enquête est le prétexte. Ce qui intéresse Que Dios nos perdone réside dans le climat.
Rodrigo Sorogoyen inscrit la politique dans la texture sonore et visuelle de chaque plans. La caméra traverse les foules, capte les slogans, enregistre les tensions. La police, quant à elle, protège l’image internationale du pays tout en tentant d’étouffer l’affaire pour éviter le scandale. Trois régimes d’autorité se superposent et le polar devient leur zone de friction. La chaleur, filmée comme une matière collante, fait macérer la violence. Visages moites, cadres serrés, appartements étouffants : la ville ne respire pas, le spectateur non plus.
Le duo policier échappe aux archétypes figés. Le bégaiement de Velarde, filmé constamment dans la durée inconfortable du plan rapproché, inscrit l’humiliation dans la chair. Alfaro, derrière sa posture massif et impulsif, laisse affleurer une fragilité. Qui plus est, peu à peu, le film suggère une proximité troublante entre enquêteurs et criminel. Non pas une équivalence morale mais une matrice commune de frustration.
Un autre choix frappant réside dans le refus de la psychologisation compassionnelle. Le film fournit des éléments de compréhension du tueur mais ne construit jamais une excuse. Il ne transforme pas le criminel en victime absolue d’un système injuste. Il montre comment une frustration peut se coaguler en haine. Les interrogatoires, dépouillés de tout héroïsme policier, soulignent que la légitimité institutionnelle n’efface pas la brutalité du geste. Ainsi ironiquement, tandis que la ville célèbre le pardon, elle diffère l’examen de ses propres fissures.
La résolution n’offre aucune catharsis. L’ordre n’est pas restauré, seulement maintenu. Ce que laisse le film, c’est la sensation d'une démocratie fatiguée, où la contestation, la foi et la police se côtoient sans produire de sens commun.