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The Formalist
A sa manière, et c’est probablement ce qui divise dans son cinéma, Guadagnino œuvre toujours à la frontière de l’impressionnisme, cherchant à imprégner l’imaginaire plus que le conscient, développant...
le 26 févr. 2025
EDIT DEUXIÈME VISIONNAGE :
Malgré mes quelques réticences envers le long-métrage, Queer n'a étrangement jamais quitté mon esprit depuis ma découverte en février dernier. Des images, des sensations, hantaient mes pensées, m'invitant à replonger dans cet objet si singulier. Et le constat est clair, l'expérience est encore meilleure au second visionnage. Mais surtout, après la lecture du bouquin, ainsi que de nombreuses recherches faites sur tout le contexte qui entoure son écriture.
L'œuvre de Burroughs était inadaptable... et pourtant Guadagnino en a extrait la plus grande relecture imaginable. Une odyssée sensorielle inoubliable, à mi-chemin entre la rêverie érotique et l'autodestruction passionnelle. Ce que capture Craig est fou, littéralement déchiré par cette quête éternelle d'un désir insoluble, se consumant à petit feu dans la drogue, la détresse et la folie. C'est (avec le Bi Gan) la plus belle esthétique que nous a offert le cinéma en 2025, tout spécifiquement grâce à un travail du cadre et de l'éclairage qui laisse sans voix.
Oui, le film est aussi imparfait que son matériau de base (notamment sa seconde moitié légèrement étirée). Et oui, le récit est froid, mal aimable, en plus de largement reposer sur la connaissance de son contexte de création. Mais Queer est à n'en pas douter l'une des propositions les plus atypiques et mémorables de ces dernières années.
Je pense que le temps sera clément avec le long-métrage. Pour ma part, je n'ai qu'une hâte : redécouvrir l'œuvre encore et encore, pour en décortiquer toutes les subtilités...
Passage de la note de 7/10 à 8,5/10.
CRITIQUE INITIALE :
Après une ballade italienne, une histoire d'amour cannibale ou encore un triangle amoureux tennistique, Luca Guadagnino revient avec une romance homosexuelle voguant sous la chaleur écrasante du Mexique.
Une redite donc ? Clairement pas, au vu de la direction profondément déconcertante de cette nouvelle proposition. Et d'autant plus moins d'un an après un Challengers ouvertement grand public.
Difficile de mettre de mots sur des expériences aussi intimes et sensorielles que Queer. Le dernier long-métrage du cinéaste italien est certainement son plus radical (avec son remake de Suspiria), à travers sa sexualité particulièrement frontale, mais surtout, son récit d'une maigreur désarmante. L'œuvre se veut particulièrement nébuleuse, ponctuée de nombreuses incursions fantastiques et d'une BO énigmatique signée Trent Reznor et Atticus Ross.
Guadagnino prend clairement le spectateur à contre-pied, avec une proposition mal aimable et assurément expérimentale, lorgnant même du côté du cinéma de Lynch à plusieurs reprises (la chambre d'hôtel rouge ou les scènes de cauchemars). Tout en dépeignant une réalité crue et amère, l'ensemble paraît flottant, factice, à l'image de ses décors et de cette ville mexicaine pas loin du carton-pâte.
Le réalisateur n'a absolument plus rien à prouver quant à sa maestria technique, nous offrant une nouvelle fois une esthétique absolument éblouissante. Photo splendide, mise en scène toujours signifiante, composition des cadres superbe, jeux de surimpression déments, bref, une pelletée de plans qui nous impriment viscéralement la rétine. Guadagnino oblige, l'œuvre s'inscrit dans un cinéma du désir, à travers un filmage resserré et charnel des corps toujours aussi saisissant, imprégnant l'œuvre d'un érotisme dingue.
Le tout est magnifiquement porté par un casting irréprochable, avec notamment un Craig aussi méconnaissable que brillant dans le rôle principal. Alcoolique, toxicomane, et obsessivement amoureux, Lee est un homme piqué, dans tous les sens du terme.
Rarement un personnage de cinéma aura aussi bien capturé ce sentiment vertigineux de solitude absolu, en plus de questionner avec brio la difficulté à créer des liens en tant que personne homosexuelle. Une orientation sexuelle qui semble en effet détruire Lee de l'intérieur, déclarant lui-même avoir honte de sa "perversité", "bien ancrée dans sa famille" selon ses dires. Il se prédestine toujours à un délaissement relationnel inéluctable, comme en témoigne son envie de payer une coucherie qui semblait pourtant consentie (voire réciproque).
L'œuvre expose également tous ces grands tabous masculins, à savoir la difficulté à dévoiler ses failles, et la réticence à déterrer un terrain émotionnel profondément enfoui. Plutôt que d'avoir une simple conversation avec son bien-aimé (pour en savoir plus sur son orientation sexuelle), Lee préfère s'aventurer dans un voyage inouï, afin de se fournir une drogue très spécifique, et ainsi entamer une potentielle connexion télépathique. Une manière absurde (et très cynique) pour Guadagnino d'aborder les non-dits masculins, mais également la puissance toxique de certaines emprises amoureuses.
Quel dommage que l'ensemble s'étire trop, avec des séquences qui finissent par bégayer narrativement. Le cinéaste italien englue par instants son œuvre dans un style un poil poseur, au point de rendre l'exercice de style assez vain. Comme dit précédemment, le récit est fondamentalement rachitique, et on finit fatalement ces (longues) 2h20 sans grande avancée ni surprise dans le traitement des thématiques abordées.
Un sentiment présent dès les deux premiers chapitres de l'œuvre, mais qui ne fait que s'intensifier dans le troisième. Le long-métrage y devient d'autant plus expérimental, tentant d'ajouter une corde comique à son arc. Corde très fragile à mes yeux, qui frise (volontairement) le ridicule à maintes reprises, et qui s'insère finalement assez mal dans le moule global (lors d'un premier visionnage tout du moins).
En témoigne cette longue rencontre avec divers protagonistes dans la jungle, séquence aussi bavarde que sensiblement superflue. Une vaste mise en place qui débouche certes sur une scène hallucinée (et hallucinante) plutôt géniale, dans son expérimentation visuelle et son mélange des corps d'une poésie dingue. Mais est-ce que la récompense est à la hauteur, après tout ce (très) long chemin parcouru ? Pas certain.
Bref, l'ensemble se perd un peu, et l'effet d'hypnose retombe inévitablement.
Pour autant, Queer reste assurément un énorme morceau artistique, qui vous maintiendra greffé à votre siège lors de son générique de fin. Succédant à l'un des plus beaux épilogues de cette année cinéma.
Mais c'est surtout une œuvre qui se greffera durablement à votre esprit lors des jours suivants votre visionnage. Questionnant l'existence tragique de ces êtres solitaires, dont le spleen et la misère affective risquent fort de vous toucher en plein cœur.
Folie expérimentale, expérience mal aimable, Queer est incontestablement un objet clivant. Bourré de défauts, entravé par ses longueurs et pas toujours très juste dans sa volonté de touche-à-tout, le nouveau long-métrage de Guadagnino reste une expérience de cinéma véritablement fascinante, et profondément obsédante.
Une odyssée tragique abordant avec une authenticité rare la solitude destructrice de l'être humain. Mais surtout, un poison lent et entêtant, qui se répandra encore plus vigoureusement lors d'un second visionnage.
7,5/10
Le film adapte un livre, plus précisément une autobiographie, celle de William S. Burroughs. Et pour la petite anecdote, la séquence fantasmée de fin (où un personnage se prend une balle dans la tête) fait directement référence à un drame survenu dans la vie du romancier américain. Burroughs était marié à Joan Vollmer, une figure majeure de la Beat Generation. Lors d'une soirée à Mexico en 1951, le couple souhaita reproduire le fameux tir de Guillaume Tell, qui transperça d'une flèche une pomme posée sur la tête de son fils. Malheureusement, complètement ivre, Burroughs rata le verre posé sur la tête de sa femme, et la tua d'une balle dans la tête. Il fut reconnu coupable des années plus tard, et condamné à deux ans de prison. Il expliqua alors que cet événement fut à l'origine de sa carrière d'écrivain.
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