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le 26 févr. 2025
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Ah, Queer de Luca Guadagnino. Un trip visuel, une plongée fiévreuse dans l’obsession d’un homme à la dérive… mais aussi, parfois, une leçon magistrale sur l’art de tourner en rond avec élégance. Daniel Craig, plus décomposé que jamais, incarne William Lee, un écrivain en exil dans un Mexico 1950 aux couleurs saturées. Son obsession ? Un jeune homme, Eugene Allerton (Drew Starkey), qui semble alterner entre une totale indifférence et une passivité presque cruelle.
Guadagnino, comme à son habitude, soigne chaque plan au scalpel. Des ruelles moites aux bars enfumés, l’esthétisme dégouline de partout. Peut-être un peu trop, d’ailleurs. Tout est léché, pesé, millimétré – à tel point que la froideur finit par s’installer là où on attendait du fiévreux, du brut, du désespéré. Le contraste est frappant : l’image nous hypnotise, mais la narration semble nous tenir à distance. On assiste à l’effondrement du protagoniste sans jamais vraiment le ressentir. Un paradoxe ? Oui, et pas des moindres.
Daniel Craig, débarrassé de son costume 007, livre une performance d’une justesse clinique. Il joue un William Lee perdu, dépendant, étouffé par ses désirs, mais surtout, fatigué. Fatigué d’aimer, fatigué d’attendre, fatigué de chercher quelque chose qu’il ne sait même plus nommer. En face, Drew Starkey compose un Allerton insaisissable, sorte de sphinx moderne dont le charme est aussi lancinant que sa personnalité est fuyante. La tension est là, oui, mais l’émotion ? Moins sûr.
Alors, le problème vient-il du script ? De cette distance calculée qui finit par éteindre la flamme avant même qu’elle n’embrase l’écran ? Burroughs, dans son roman, écrivait à vif, entre pulsions et visions hallucinées. Ici, l’adaptation semble avoir troqué l’urgence du texte contre un raffinement qui, par moments, frôle le maniérisme.
Et puis, il y a la musique. Trent Reznor et Atticus Ross tissent un paysage sonore hypnotique, mais l’ensemble reste trop propre, trop contenue. Là où on espérait un chaos sonore à la hauteur des tourments du héros, on se retrouve avec une partition aussi belle que polie.
Au final, Queer est une œuvre paradoxale. C’est une adaptation somptueuse qui, pourtant, semble parfois manquer de tripes. Une tragédie intime, oui, mais filmée sous verre, comme une bête curieuse figée dans le formol. Guadagnino sait filmer le désir, c’est certain. Mais sait-il encore filmer la douleur ?
Créée
le 27 févr. 2025
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