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The Formalist
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Difficile de parler d’un retour de Luca Guadagnino quand son dernier long-métrage, Challengers, est sorti en salles il y a moins d’un an. Mais cette fois, il n’est pas question d’homoérotisme, de trouple ni de sport ; il s’agit plutôt de peindre vaguement le portrait de William Lee (Daniel Craig), complètement « pédé » mais aussi approchant sans nul doute de la soixantaine.
Cherchant à se trouver, à rajeunir, à vivre de nouvelles expériences aussi bien qu’à simplement trouver l’amour de sa vie en le jeunot Eugene Allerton (Drew Starkey), Guadagnino trouve prétexte à des effets de mise en scène léchés, précis, colorés et même très propres malgré l’omniprésence de la transpiration, des cigarettes, de l’alcool, de la drogue et de la terre. Les corps transpirent, les vêtements collent à la peau et les corps se collent entre eux jusqu’à la fusion dans un trip à l’ayahuasca poétique, charnel et terrifiant. Guadagnino semble en effet adorer filmer ces corps un peu sales, ces muscles en tension, la sueur dans le cou et la sensualité du toucher interdit, ce dernier étant délicatement symbolisé par des effets de transparence et de surimpressions évoquant le germe d’une envie et la timidité du désir. Communiquer sans parler, dévorer l’autre, ne faire qu’un ; si l’on doit chercher des fils rouges à l’éclectique filmographie du réalisateur, c’est sans doute par là qu’il faut chercher - mais cette idée est peut-être à prendre avec des pincettes, je n’ai pas vu tous ses films.
On saluera l’hommage au bel Orphée de Jean Cocteau, qui prend non seulement tout son sens dans un film traitant aussi ouvertement de la difficulté d’être homosexuel dans les années 1950, mais aussi de la quête et de la découverte de soi, de la recherche d’une identité et d’un but ; la métaphore du miroir comme représentation du moi mais aussi comme possibilité d’ouverture sur l’ailleurs et sur l’autre revient d’ailleurs plusieurs fois dans le film, en culminant justement lors de la séquence de défonce dans la jungle.
Le film perd néanmoins de son ampleur dans ses passages les plus oniriques et clairement lynchéens, presque trop propres et qui s’intègrent assez difficilement à la structure chapitrée et donc assez rigide du long-métrage. Parfois on aimerait des corps moins lisses, un peu plus de laideur, et surtout dans les rêves, encore plus de chair, encore plus de rides, de sueur, de sensualité et d’érotisme. On ressort donc de la séance avec une impression en demi-teinte, un petit goût amer sur le bout de la langue, une sensation d’en avoir vu trop ou pas assez.
Créée
le 11 mars 2025
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