Queer
5.8
Queer

Film de Luca Guadagnino (2024)

Furieux, hanté, charnel, Queer est tout l'inverse de son héros : incarné, sensoriel, sensible, expressionniste, monstrueux, difforme. Hanté par le désir, la perte de l'être aimé et demeuré toujours inconnu, traversé par les excès d'une passion qui se vit ivre, enragé.


Paradoxalement, il est tout aussi absent, battu par un rythme planant, par une distance esthétique, une sensibilité terrible. Ponctué d'estampes paysagistes qu'on trouvera inégalement superbes comme ridicules, voulues par le tournage en studio, et l'utilisation fréquente de la miniature et d'une 3D, le film est son décor, volontairement surréel.


Car l'adaptation du livre de William S. Burroughs est striée de visions floues, de mirages éthyliques, de trips hallucinés, qui permettent à Guadagnino les plus audacieuses expérimentations visuelles et l'exploration d'un art maniéré, excentrique et à la fois tout en surface de la mise en scène, poussée à son abstraction extrême. Le réalisateur semble par moments, et c'est le revers de la médaille, n'avoir rien à dire, porté qu'il semble être par l'envie de produire un fétiche pur, une création seulement esthétique, un objet fantasmé, un contenant vidé de son contenu, une forme pure fantomatique, absente, comme planant ailleurs.


Dans un mouvement qui rappellera dans son épilogue le geste de Leone dans Il était une fois en Amérique, Queer dévoile petit à petit ce qu'il est : le souvenir évanescent et fantasmé donc forcément modifié d'un homme qui a rencontré l'amour et tenté de percer son mystère. Daniel Craig (quittant définitivement et avec courage son costume du symbole hétéro absolu qu'est James Bond) est troublant dans la peau de cet amant transi tout en excès, dont la quête métaphorique vers la jungle trahit celle désespérée de percer l'armure du garçon qu'il aime, de le pénétrer dans tous les sens du terme, de le toucher au plus profond, de le posséder, de ne faire qu'un avec lui, de se fondre dans sa peau (thème qui semble le fil rouge du cinéaste). Ce besoin criant de communiquer et se comprendre sans mot, d'être l'autre et soi à la foi, touche ici un universel bouleversant qu'on nommerait facilement : l'amour.


Œuvre complexe et inclassable, polluée par les gestes prétentieux de son auteur autant que son apparente vacuité, Queer est un film flou comme un délire sous héroïne, un film fantasme, un fantôme fuyant, pénible, malheureusement pas mémorable, mais touchant parce qu'hanté et torturé.

Créée

le 31 mars 2025

Critique lue 54 fois

Charles Dubois

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