Début des années 40. Alors que les Etats-Unis s'apprêtent à entrer en guerre, le cinéma, de son côté, s'apprête à accueillir en son sein le film noir. Fruit de la perte de l'innocence et des désillusions du peuple américain, ce genre cinématographique se distingue des autre de par ses thèmes sombres et scabreux. Et si des films comme L'inconnu du troisième étage ou Le Faucon Maltais sont connus pour avoir été les précurseurs dudit genre, il ne faudrait pas non plus oublier que Qui a tué Vicky Lynn? a aussi apporté sa pierre à l'édifice. Avec son intrigue mêlant femme fatale, héros tourmenté et meurtre, le film possède en lui l'ADN si particulier du film noir.
Contant l'histoire d'une jeune starlette qui, juste avant de s'envoler pour Hollywood et la gloire, se fait tuer dans son appartement, le film ressemble sous certains points à l'affaire du Dahlia Noir, célèbre fait sordide s'étant déroulé en 1947 à Los Angeles et où l'actrice en devenir Elizabeth Short avait été sauvagement assassinée. Comme pour le Dahlia Noir, la liste des suspects dans l'enquête sur le meurtre de Lynn est longue. Il faut dire que la belle comptait pas mal de cinglés dans son entourage .
Le réalisateur Humberstone nous plonge donc dans un New-York empli de prédateurs sexuels et où les jeunes filles en quête de célébrité sont vouées à un destin funeste. Avec sa caméra, il nous fait suivre les mésaventures de l'agent de Vicky, Franckie Christopher, suspect numéro un dans l'enquête Lynn. Ce dernier devra se battre pour tenter de prouver son innocence pendant que le spectateur lui-même ne sait si celui-ci a réellement commis le meurtre ou non.
Christopher va alors évoluer dans les méandres d'une ville sombre dans laquelle les jeux d'ombre se rapportant à l'expressionnisme allemand sont légions. L'un des plus marquant étant celui dans la salle d'interrogatoire où les ombres des policiers, questionnant de manière musclée Christopher, s'allongent de manière inquiétante sur le mur. Le film possède ainsi son lot de petites pépites visuelles qui donnent à celui-ci tout son charme. Charme qui est d'ailleurs renforcé par la musique et le doux morceau Over the rainbow qui crée un délicieux décalage par rapport à la noirceur du récit.
Précurseur du film noir, Qui a tué Vicky Lynn? est donc un petit bijou qui devrait ravir les adeptes du genre.