Si l'on excepte Le Petit Soldat de Jean-Luc Godard et L'insoumis de Alain Cavalier ( deux longs métrages sortis plus ou moins à la même période, héritant en outre d'une censure carabinée ) R.A.S. est le tout premier film à prendre à bras-le-corps le sujet de la Guerre d'Algérie ; si Godard et Cavalier retraçaient à leur manière le parcours d'un protagoniste déserteur de son état Yves Boisset frappe encore plus fort et beaucoup plus loin que ses prédécesseurs : il ausculte le conflit franco-algérien dans son milieu naturel tout en dépeignant avec férocité les diverses mesures disciplinaires opérées sur un groupe de soldats réservistes : c'est brutal, puissant et sans compromis !
Dans la caserne, on trouve : Charpentier le réfractaire franc du col, Dax l'impertinent, Moutier le fayot et Girot le bon vivant. Des personnages dans toute leur humanité et toutes leurs faiblesses, bande d'insoumis bien décidés à foutre la pagaille au pied du mur de l'autorité... Yves Boisset montre à hauteur d'homme la violence des rapports militaires, son horreur de l'obéissance programmée, sa bêtise crasse et méchante.
R.A.S. - par sa portée anti-militariste et sa liberté de ton - est une Oeuvre de cinéma moderne et courageuse que n'aurait pas envié le Jean Vigo de Zéro de Conduite. Anti-système, anti-connerie : le film de Yves Boisset connut néanmoins un petit succès lors de sa sortie en 1973, année du cultissime Les Valseuses et son rejet de l'ordre établi par une société post-soixante-huitarde. A noter l'apparition du confidentiel Jacques Chailleux dans le rôle du soldat Moutier et celle de Jacques Villeret, encore jeune débutant. Très bon film.