Yves Boisset nous a quittés, mais ses films aux thèmes alarmants et aux révoltes engagées demeurent. Rare cinéaste dont la marque de fabrique était de dénoncer toutes les crasses de son époque avec des prises de positions courageuses et nécessaires dans la plupart de sa filmographie.
R.A.S. sorti en 1973 ne fait pas exception à la règle. Profondément antimilitariste, précurseur de vérité, le film est sorti une décennie seulement après la fin du conflit franco-algérien.
Boisset fait le choix d'un titre au sarcasme certain, les initiales de « Rien à signaler », comme pour évoquer les sévices camouflés des gradés français durant cette guerre sans fondement.
Il y dénonce étape par étape toutes les exactions commises au sein de l'armée française, à commencer par les enrôlements forcés, la déshumanisation de ses propres soldats par le biais de privations et d'humiliations, puis, une fois sur le « champ d'honneur », les pillages, le racisme quotidien, les viols ainsi que les tortures, sans parler des exécutions sommaires.
Au-delà de son excellente mise en scène, le caractère immersif du film est remarquable : on se sent au plus près de cette unité de bidasses réunissant bons et salauds aux acteurs talentueux tels que Spiesser, Weber, Villeret ou encore Leroy, pour ne citer qu'eux.
Un film dossier, puissant et essentiel, d'un réalisme probant, RAS est assurément un des meilleurs films traitant de la guerre d’Algérie malgré tout le bazar qu'il a suscité pendant et après sa réalisation.