Si vous vous attendez à un équivalent de Ford v Ferrari ou Rush, avec des duels acharnés pare-choc contre pare-choc et le pied au plancher pendant deux heures, vous risquez la sortie de route. La déception générale autour de Race for Glory vient d’une attente erronée : ce n'est pas un film de course classique, ni même le récit linéaire d'un combat purement sportif entre deux écuries. Le film manque cruellement d’action pure, et c’est un choix qui me semble totalement assumé. C’est presque un docu-fiction (en témoignent les courts passages avec des images d’archives).
Non, le véritable intérêt du film réside ailleurs. Sa seule véritable faiblesse factuelle est la pauvreté de ses dialogues. Mais pour le reste, le message est d’une clarté absolue : Lancia n’a pas battu Audi parce qu’ils avaient une meilleure voiture ou parce que leur machine était plus spectaculaire. Ils ont gagné parce que tous les coups étaient permis, et que Cesare Fiorio a interprété cette règle du jeu au pied de la lettre.
Ce n’est pas l’Histoire glorieuse de Fiorio ou le chant du cygne d’une machine hors norme (la mythique 037, deux roues motrices dépassée par la technologie Quattro d'Audi). C’est la représentation brute et cynique d’une époque et d’un championnat où les règles servaient s’écrivaient et se réécrivaient ai gré des caprices (et des fantasmes ?) des constructeurs. Une ère de "guerre asymétrique" qui a donné lieu à trois des plus belles années du sport auto, malgré les drames humains qu’elle a engendré. Petite mention pour certains plans qui donnent véritablement l'impression d'avoir été filmés par des amateurs sur les bords des routes, avec les phares de nuit en étoile comme les images d’un vieux caméscope.
Le film déplace admirablement le point de tension. L'affrontement ne se joue pas dans l’habitacle, mais dans les zones grises du règlement de la FIA, sur le bord des routes avec un sac de sel à la maî lors du Monte-Carlo, ou dans des petits arrangements logistiques improbables pour contourner les inspections.
Comme le récit biblique d’une époque dont tous les évangiles sont à l’écran.
Bref, c'est une chronique fascinante sur l'art de la ruse, de la roublardise et de l'esquive dans le monde de la couse auto. Une victoire de l'esprit et du machiavélisme sportif sur la supériorité technique. À voir pour ce qu'il est : un film de coulisses et de stratégie, pas un blockbuster de circuit.