François Gautier,violoniste émérite,est victime d'un trouble psychologique,une avarice pathologique,qui pourrit ses rapports avec autrui et le conduit à vivre dans la solitude et le dénuement.Mais deux femmes,une jolie violoncelliste dont il tombe amoureux et une fille dont il ignorait l'existence,vont bouleverser sa vie bien réglée.Dany Boon,après "Supercondriaque",récidive donc dans un nouveau rôle de psychopathe obsessionnel.Certes,le sujet n'est pas neuf.Molière avait il y a bien longtemps traité ce thème dans "L'avare".Et tant qu'à faire,il avait aussi utilisé l'hypocondrie dans "Le malade imaginaire".Boon,avec son air ahuri,est l'acteur idoine pour jouer ces pauvres types taraudés par une idée fixe.Il faisait déjà très bien ça autrefois sur scène dans ces sketches où il pouvait être dépressif,"je vais bien,tout va bien!",ou culturiste,"trop musclé,Jean-Pierre!".Il est vrai que le film,après un départ tonitruant,glisse inexorablement vers le mélo larmoyant et moraliste saupoudré de politiquement correct.Il paraitrait que l'égoïsme et le repli sur soi,c'est pas bien,contrairement à la solidarité et à la générosité,et toute allusion à certaines "migrations" serait évidemment fortuite.Mais les auteurs ont le bon goût de ne pas nous asséner le message de l'habituelle manière agressive et culpabilisatrice.Nous échappons donc au gentil africain,et à Omar Sy par la même occasion,victime du racisme et du rejet des méchants français blancs.D'ailleurs,le Tiers-Monde est ici symbolisé par le Mexique,ce qui fera sûrement plaisir aux mexicains.L'angle d'attaque est plus fin,et plus pernicieux,adoptant le point de vue d'un personnage antipathique à un point tel qu'il en devient indéfendable et valide donc par opposition tout ce qui en est l'antithèse.Naturellement,tout est très prévisible et François va forcément évoluer dans la bonne direction,car la rédemption est bien sûr à l'ordre du jour.Et qu'est-ce qui va le faire changer?Sa copine et sa fille,parce qu'il ne faut pas oublier de brosser les féministes dans le sens du poil.L'Homme peut être mauvais ou s'égarer,pas la Femme,qui est "l'avenir de l'homme" comme le disait Aragon,qui n'était pas à une connerie près.Malgré tout ça,le film est très plaisant à regarder,tout simplement à cause de sa drôlerie.Les comédies qui font rire sont en fin de compte plutôt rares et celle-ci fait montre de véritables qualités d'écriture,qu'il s'agisse des personnages,des situations ou des dialogues.Certaines scènes sont épiques,telle celle du restaurant,qui se termine en parodie de "Shining",ou celle de l'exécution,c'est le mot juste,des "Quatre saisons" de Vivaldi.D'autres font habilement usage de la rupture de ton,comme celle du relooking qui tourne court,ou celle du pot de départ qui passe de l'humour au malaise.Il y a également des punchlines musclées,par exemple la réponse de l'ex de Gautier à qui celui-ci demande comment elle a pu tomber enceinte:"si tu achetais pas tes capotes chez Emmaüs,ça serait pas arrivé".On peut déceler aussi quelques pointes de cynisme.Ainsi,la façon dont François passe du statut de salaud à celui de héros rappelle opportunément que l'humanitaire côtoie souvent l'imposture.Autour d'un Dany Boon impérial se presse une distribution à faible notoriété mais riche en talent.La jeune Noémie Schmidt est un véritable concentré d'émotion et son jeu est plein de maturité.Laurence Arné est charmante et porte crânement un personnage à la fois spontané et timide.L'acteur-réalisateur belge Patrick Ridremont,ex de Virginie Efira,est une fantastique révélation en père abandonné aux prises avec une marmaille turbulente.Il est étonnant de voir Fred Cavayé,le roi du thriller à la française,aux commandes d'une comédie,mais il parvient à transposer dans ce genre son solide sens du rythme.