De l'espoir dans les limbes
"Dans cette ville, cela fait longtemps qu'il ne cesse de pleuvoir. Les habitants ont déménagé dans les alentours de ce qu'on a nommé "Rain Town". Leurs souvenirs y sont noyés. Mais dans cette ville pluvieuse et oubliée, parfois, quelqu'un se promène."
C'est la beauté d'une ville engloutie sous la pluie qu'un petite silhouette jaune sillonne au pas de course. Au détour d'une rue, elle s'arrête, observe. Mais il n'y a de mouvement dans cette ville que celui des gouttes qui jouent du piano sur les grands miroirs du sol. La pluie a délavé la joie, dilué la vie, il ne reste que des limbes froides, calmes, immenses et paisibles.
Jusqu'à cet être abandonné de tous, qu'elle croise au détour d'un arrêt de bus - on ne peut s'empêcher de penser à "Mon voisin Totoro". Cet être filiforme, un squelette rouillé, un bout de souvenir pas encore mort. Alors elle l'emmène valser, jouer, vivre encore un peu. C'est simple et c'est beau. Mais sous l'eau qu'ils remuent, le passé surgit. La tragédie semble devoir se jouer de nouveau pour le condamné à l'éternité qui veut s'offrir à l'enfant éphémère. Et alors, étreint par la crainte de l'abandon, l'être de fer doute, il trébuche, se brise. Bonheur mort avant d'être né. Avorté avant de risquer de faire souffrir.
L'être de fer est une créature parmi d'autres, c'est une créature comme celle qu'on aperçoit, brisée, dans les abysses d'une bouche d’égout, comme celles qui déambulaient dans la ville baignée de soleil, avant que le ciel ne pleure et déploie un éternel deuil sur les rues.
Mais pour lui pas d'abandon cette fois. Il y a encore une place, dans un foyer.
Rain Town est une mélodie superbe, une poésie discrète. Une douceur pour les yeux, une douceur pour le coeur.
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