Le scénario de Diana Reid et la mise en scène de Georgia Oakley réussissent à se distinguer de toutes les autres adaptations des œuvres de Jane Austen, mais le film ne va peut-être pas se distinguer dans le temps comme une œuvre marquante. Après l'ambiance troublante et inquiétante de BLUE JEAN, voir Georgia Oakley être attachée à une nouvelle adaptation de SENSE AND SENSIBILITY était une sorte d'évidence. S'y retrouve cet esprit de sororité, de donner toute la place aux personnages féminins (qu'ils soient Dashwood ou non), jusqu'à reléguer les célèbres personnages masculins du roman à des présences plus secondaires. Les sœurs incarnées par Daisy Edgar-Jones et Esme Creed-Miles sont au cœur de toute la mise en scène, et surtout leur lien si essentiel.
Georgia Oakley et Diana Reid dressent un portrait des femmes Dashwood (la sœur cadette et la mère incluses) loin des autres représentations de toute autre adaptation. Loin de l'élégance, des vêtements sophistiqués, de la droiture aristocratique, du raffinement des gestes et où chaque mot exprime un maniérisme. Ici, elles sont placées dans la campagne anglaise, qui rappelle certains films de Jane Campion ou le WUTHERING HEIGHTS d'Andrea Arnold. Il y a une même attention à quelques éléments de la nature, au temps pris pour s'y poser, etc. L'ambiance y est d'abord terre-à-terre, sobre et austère – avant de devoir aller dans les trames mélodramatiques du récit de base. Parce qu'ici l'accent est mis sur la péripétie de départ : une difficulté financière et une impossibilité de survivre par soi-même, pour un foyer composé exclusivement de femmes.
Cela s'accorde avec l'approche classiciste de la mise en scène, sans se donner à trop de bavardages. Oakley et Reid ont gardé le strict nécessaire du récit, afin que le film respecte au mieux le matériau de base et puisse trouver une résonance moderne au propos. Toutefois, Oakley n'a pas pris part à l'écriture et c'est très marqué, dans le sens qu'elle subit pas mal le récit et les codes du mélodrame. Même si cette version est plutôt rugueuse dans son atmosphère et son regard, jusqu'à être parfois même sombre, elle reste très sage vis-à-vis de la cruauté (sentimentale et sociale) qui traverse le récit. Ce que Georgia Oakley captait très bien dans BLUE JEAN. Et malheureusement, cela se retrouve aussi dans la place que prennent les paysages. Malgré l'austérité, la tentative d'être organique n'est que ponctuelle et certains plans d'ensemble du Devon semble plus tenir du remplissage que d'un ancrage des personnages ou d'une projection de leurs états d'âmes.
Le film peine à justifier son existence pendant presque toute sa durée, jusqu'à ce très beau choix de scène finale centré sur le lien entre les deux sœurs Elinor et Marianne. Cela dit, même si elle n'est pas à l'origine du projet et n'a pas participé à l'écriture, rien que pour son approche Georgia Oakley confirme être une cinéaste à suivre de près. D'autant qu'on retrouve dans ce film une des idées qui faisait la force de BLUE JEAN : la souffrance silencieuse, le retranchement mélancolique face aux sentiments, la barrière sociale.
P.S. : il faut bien plus souvent le duo Stacy Martin & Tom Brooke au cinéma.