"Il l'a fait. Il y est arrivé, ce vieux dégénéré!"
C'est cette affirmation, emprunté au personnage de Jeff Goldblum dans "Jurassic Park", qui me venait constamment à l'esprit pendant la séance de "Ready Player One". En 2018, un cinéaste vétéran de 71 ans aura mis tout le monde à l'amende en démontrant qu'il restait toujours le cinéaste le plus pertinent de son époque.
Pas sûr que cette info intéressera grand-monde au final. Le monde entier se pinaillant toujours sur le "Black Panther" de Marvel (ne soyons pas dupe: ça reste un produit cynique exploitant l'ère du temps qui ne changera rien à la cause des afro-américains) et la Chine faisant un triomphe à "Pacific Rim 2" en ce moment, pas sûr que "Ready Player One" parvienne à générer le même engouement générale. Tant pis. Tant mieux. Moins de confiture pour les cochons.
La réussite est pourtant là, évidente. Déjà, le film est extrêmement spectaculaire et fun. Ensuite, Spielberg a évité le piège du produit nostalgique et passéiste à la "Stranger Things". Oui, l'écran est saturé à chaque seconde de références pop culturelles. Oui, on reste dans l'esprit Amblin et son poncif de l'adolescent qui part à l'aventure. Y a même ce cher Alan Silvestri au score musical.
Mais "Ready Player One" est avant tout un film de 2018. Un blockbuster numérique à grand spectacle comme on peut en faire en 2018. Et surtout, même si l'histoire prend place dans le futur, il est clair que Spielberg parle de notre époque: l'univers du monde réel crystallise bien toutes les angoisses, les préoccupations, enjeux et défis de nos sociétés en 2018 (de manière trop succinct, dirons certains? Je l'accorde).
Autre qualité du film, l'indécrottable humanisme de Spielberg ne déborde pas, pour une fois. Il s'intègre parfaitement à son récit grâce à deux personnages qui sont clairement des AVATARS de Spielberg:
-le jeune héros, joué par Tye Sheridan, éternelle incarnation du jeune homme geek mal dans sa peau, icône surexploité par le cinéma "amblinesque" des années 80.
-Halliday, le créateur du gigantesque univers OASIS, joué par Mark Rylance, est Spielberg lui-même, aujourd'hui, qui se confronte avec ce film à son héritage et à ses responsabilités face à l’imaginaire qu'il a façonné et des comptes qu'il doit rendre.
L'achèvement de la Quête celle le destin de ces deux personnages et permet à Spielberg de réaffirmer l'une de ses marottes:
l'importance cruciale de la (pop) culture comme générateur de liens entre les êtres humains.
Une dernière chose:
De l'orgie visuelle continue, j'ai retenu une image particulière, qui semblera pour beaucoup assez anecdotique:
Cette armée de nerds d'élite en uniforme petit pull bleu clair obsédée avant tout par l'objectif de terminer la quête à tout prix et ne faisant jamais cas du fait de travailler pour une corporation aux intentions belliqueuses. Nerds, mais moutons avant tout...
Pour moi, le meilleur Easter Egg du film.
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