Comme quoi on peut s’appeler Steven Spielberg et faire l’une des introductions les plus dégueulasses de 2018.
Déluge d’effets spéciaux numériques hideux.
Mouvements du cadre vomitifs.
Accompagnement musical digne d’un sous-« Avatar ».
Mais le pire ça reste tout de même cette narration en voix-off digne des pires productions des studios « Illumination ».
« Salut moi c’est [personnage insignifiant].
Là c’est mon monde, il s’appelle [insérer un nom de sponsor] et j’y suis trop heureux !
Sinon voilà aussi deux ou trois autres trucs que je me dois de vous présenter parce que les scénaristes n’ont pas eu envie de se prendre le chou avec leur démarche d’exposition.
Et là ? Eh bah là – hi hi ! – là c’est moi… »
Oui je sais c’est violent présenté comme ça, mais ceux qui ont vu le film pourront vous le confirmer : j’exagère à peine.
Alors forcément vous devez vous en douter : avec pareille mise en bouche, c’est clair que le film ne me mettait pas dans les meilleures dispositions pour apprécier ce qu’il avait à me dire et me montrer.
Il a donc fallu me raccrocher aux branches pour espérer ne pas sombrer.
Or, fort heureusement, je trouve que tout n’est pas à jeter dans ce « Ready Player One ».
Même si les bouillasseries numériques se poseront tout au long du film comme une norme, il y a néanmoins quelques tentatives assez créatives qui émergent de temps en temps.
Pour le coup, celles-ci concernent surtout les clins d’œil au cinéma plutôt que ceux faits aux jeux-vidéo.
Bah oui, c’est qu’on sent que papy Spielberg a davantage une passion pour le premier plutôt que pour les seconds.
Idem, je reconnais volontiers à ce film qu’il parvient à générer un certain intérêt autour de sa grande quête centrale.
La montée en puissance de cette dernière est efficace, surtout qu’elle s’appuie sur une mécanique de révélation progressive que je considère comme vraiment maitrisée.
D’ailleurs, c’est sûrement dans le climax final que j’ai trouvé le plus mon compte dans ce « Ready Player One ».
Je parle bien évidemment de ce moment passé entre Wade et James Halliday.
A dire vrai c’est le seul moment où le film laisse de côté ses bullshiteries visuelles au profit d’un propos tout en abyme.
A ce moment là, difficile de ne pas voir Spielberg en train de jeter un regard sur son œuvre à lui et sur celle de son copain George Lucas.
C’est assez tendre. Il y a un côté testamentaire qui a de quoi toucher.
Donc, ne serait-ce que pour cet instant, « Ready Player One » n’est pas totalement à jeter.
...
Mais bon, au-delà de ces quelques aspects là, ce film est quand même assez triste en termes de cinéma.
Très rapidement, seules les références à tout-va deviennent les rares attractions du film.
Alors certes, cela piégera encore sûrement les quelques geeks et autres cinéphiles qui aiment se sentir intelligents en faisant le catalogue des clins d’œil les plus discrets faits à des œuvres très hétéroclites...
(On passe quand même d’« Excalibur » à « Gundam » en faisant étape par « Tron », « Sacré Graal » ou bien encore « Terminator ».)
Et c'est vrai que c'est amusant alors pourquoi pas.
Après tout, des films entiers tiennent là-dessus et font des cartons au box-office qu'ils soient des « Star Wars » ou des films estampés de la franchise « MCU » alors oui - franchement - pourquoi se priver ?
Mais bon, moi au bout d’un moment, j'ai un peu de mal à me laisser prendre par ces films qui n'entendent se construire que sur de simples clins d’œil et références.
Un film ce n'est pas que ça.
Tout autour de ces « Easter Eggs », il est quand même censé y avoir un univers et des personnages auxquels se raccrocher.
Or sur ce plan-là, ce « Ready Player One » se fout pas mal de nous.
Côté personnage pour commencer, le stéréotype et la platitude sont les maîtres mots.
Tout ce qu'on cherche à mettre en place pour les épaissir n'est que gadget.
A quoi ça sert par exemple d’utiliser des avatars et de signaler que n’importe qui pourrait se cacher derrière si c’est pour au final…
...Faire en sorte que ceux qui se cachent derrière les avatars en soient presque leurs exactes copies ?!
Parce que bon, si on fait le bilan, Daito est finalement… japonais. Oh surprise !
Sho est en fait… Chinois. Ah bah celle-là on ne s’y attendait pas !
Quant à Art3mis dont on n’arrêtait pas de nous dire « attention mon petit loulou, tu es en train de tomber amoureux d’une jolie femme voluptueuse qui n’est peut-être ni une femme, ni voluptueuse…
Eh bah en fait non !
T’inquiète c’est Spielby qui est aux manettes bro ! On n’allait quand même pas bousculer les consciences !
Si Wade est tombé amoureux d’Art3mis c’était parce qu’elle était bien EFFECTIVEMENT une jolie voluptueuse.
Ouf ! La morale est donc sauve !
Au final, un seul personnage est vraiment concerné par ce changement d’avatar : c’est Aech qui se révèle finalement être une femme.
Or, pour le coup, la manière dont est gérée cette donnée est assez minable.
Aech est quand même le super pote de Wade. C’est elle qui le branche sur quelques détails de leur relation qui révèlent leur proximité et leur complicité. C’est elle qui met sur le tapis la possible confusion des sexes. Mais non. Le film n’explore rien avec ça.
Alors après, certes, ce n’était peut-être pas le sujet. Mais dans ce cas si ce n’était vraiment pas le sujet, il ne fallait tout simplement pas s’attarder à lancer de telles pistes.
C’était pourtant simple à faire.
...
Et ce traitement très gadget qui est fait des personnages et de leurs avatars déteint finalement sur tout, y compris l'univers qu'on nous présente.
Pour ce qui est de l'immersion on repassera tant le film semble lui-même se moquer de sa propre cohérence.
Je veux bien que dans l'Oasis tout soit un peu froutaque, mais par contre j'ai beaucoup plus de difficultés avec les absurdités qui régissent le monde « réel » de ce « Ready Player One ».
Si on insiste au début sur l'atrocité de ce monde dans lequel il est impossible de vivre et de s'y épanouir (d'où les connexions massives sur l'Oasis), ça n'empêche pas qu'à la fin le film nous fasse la morale en mode « Bon, sachons nous déconnecter de temps en temps et tout ira bien. »
...Bah non. Justement.
L'Oasis n'est qu'un palliatif.
Ce n'est pas la source du problème tel que cela nous est présenté !
Je trouve même assez dingue qu’on passe comme par enchantement d’une société où règne une totale impunité – où des drones d’une boite privée peuvent tuer des dizaines de personnes sans que personne ne bouge – à un final où la police débarque pour arrêter les vilains comme si finalement tout allait bien dans le meilleur des mondes.
...
Et c’est d’ailleurs ça le gros souci de ce film.
Dans « Ready Player One », comme dans beaucoup de films sortis dernièrement (je pense notamment à « The Shape of Water »), l’enrobage a plus d’importance que le cœur.
On s’attarde sur plein de détails et de clins d’œil qui ne sont là que pour obtenir l’adhésion en mode « on est dans le même camp / on partage les mêmes valeurs », mais au final on délaisse l’essentiel.
Alors OK, tout cela on s’en fout un peu quand on ne regarde ce film comme une simple flopée de références et rien d’autre.
Après tout on a le droit donc « pourquoi pas. »
Mais bon, quand on veut voir ce film comme un film tout court, c’est tout de suite plus dérangeant.
Et c’est au fond cela qui est triste avec ce « Ready Player One ». Avant d’être un film de Steven Spielberg dans lequel s’exprime Steven Spielberg, j’ai l’impression qu’on a plus affaire à une déclinaison de MCU, avec la même logique formelle et les mêmes mécaniques scénaristiques, et dans laquelle Spielberg n’est plus qu’un faiseur qui essaye de subsister au milieu de tout ce cahier des charges plus que formaté.
D’une certaine manière, j’ai presque envie de dire que ce « Ready Player One » est une sorte de mauvaise blague.
Etrange morale d’un film qui se larmoie sur ces auteurs qui affichent leurs regrets mais qui d’un autre côté incarnent tout ce qu’ils condamnent.
Vraiment étrange donc… Et surtout bien désolant…