Accroche : Jason (Alain Chabat) est un aspirant réalisateur. Il cherche à convaincre un producteur de le laisser réaliser son film d'horreur. Ce dernier le met au défi d'enregistrer le meilleur gémissement de douleur de l'histoire du cinéma en moins de quarante-huit heures...


Sexymètre : rien à déclarer


Violencomètre : des tripes de sanglier


Bechdel test (test de sexisme : il doit y avoir deux personnages de femmes, nommées, parlant ensemble d'autre chose que d'un homme) : raté ! Dupieux doit encore inventer les femmes


Mon avis : Quentin Dupieux nous a habitués à son cinéma totalement barré, souvent noir mais souvent drôle, existant dans une logique qui lui est propre, faite de symboles et d'hallucinations plutôt que de premier degrés. C'est un cinéma de genre, ce qui est rare dans le paysage français. C'est un cinéma créatif, presque jamais chiant, pas évident d'accès, qui passe au mixeur les références de la pop culture et les structures narratives traditionnelles. C'est encore le cas ici avec Réalité, un des meilleurs Dupieux que j'ai vus à ce jour. Dupieux est, à mon avis, un grand réalisateur quand il ne se noie pas dans ses obsessions personnelles au risque de perdre le spectateur en chemin.

Le film est construit comme une mise en abyme, un film sur la création d'un film, dans lequel il y a aussi un film et ainsi de suite jusqu'au vertige. Séquences réelle (le sont-elles vraiment ?), rêves et hallucinations s'entremêlent tandis que les différents personnages, tous aussi névrosés les uns que les autres, vivent leurs vies puis se croisent et se télescopent. Le film monte en puissance vers l'absurde puis le délire total, au rythme d'une musique obsédante qui vient renforcer l'étrangeté de ce qui se passe à l'écran. La réalisation est peaufinée à l'extrême, les dialogues ciselés jusqu'à en faire des pépites du bizarre. Chabat est prodigieux; y a pas d'autre mot. C'est souvent drôle, souvent surprenant. Je pense que, pour profiter pleinement du film, il faut en accepter l'étrange, les symboles, l'onirisme, se divertir de tout cela sans chercher à tout comprendre, entrer dans cette étrangeté hypnotique, dans le délire créatif, la folie de Dupieux. Si l'on y parvient, c'est une expérience de cinéma aussi déroutante que jubilatoire.


*********** DES SPOILERS, PARTOUT DES SPOILERS ! *****************


Il s'agit d'un film méta sur le cinéma, sur la difficulté du processus de création. La scène de négociation entre Jason et le producteur est une critique particulièrement acide de l'industrie du cinéma, qui tente de réduire une forme d'art à un produit, exigeant shock value et productivité. Le réalisateur, s'il veut qu'on le finance, doit se plier à toutes sortes de demandes absurdes, comme Chabat qui cherche désespérément à enregistrer le gémissement parfait.

Le film met en scène la recherche de la perfection dans la création artistique, les crises existentielles (ai-je du talent ?), la perte de contrôle sur la création (Chabat qui découvre son propre film incréé qui passe au cinéma).

Le film met en parallèle le produit de la télévision, perçu comme non qualitatif et abrutissant (les méchantes télévisions qui attaquent les gens avec leurs ondes qui font saigner des oreilles) et le cinéma, capable de capturer la réalité, celle du subconscient et de l'âme humaine.

Estellanara
8
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le 1 janv. 2026

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Estellanara

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