Beaucoup de chose à dire ou à ne pas dire. Tout d'abord, il y a une fascination de Dupieux pour une certaine culture américaine : la VHS, la langue anglaise baragouinée avec un fort accent américain, l'hémoglobine explosive, les insultes, la projection de séries B proprement américaines, les oscars et un producteur d'une tyrannie rappelant l'âge d'or hollywoodien. Ensuite des références filmiques multiples : une projection avec un producteur et un réalisateur ne parlant pas la même langue et ne voyant pas la même vision du cinéma comme dans Le Mépris de Godard, ainsi qu'une petite fille incomprise à cause d'une cassette dans un cochon rappelant l'ambiance d'un Shyamalan, tandis que l'imbrication de différentes strates oniriques évoque la complexité d'un Nolan. Dupieux fracasse l'idée que l'on peut se faire d'une fiction en mettant en avant différents types de films pour créer cette œuvre beaucoup plus achevé que Wrong Cops. Les différentes scènes auxquelles on assiste qui au premier regard n'ont rien à voir ensemble se rejoignent petit à petit jusqu'à ce que la mise en abyme se fasse ressentir. Et je dis bien ressentir tellement nous nous retrouvons agréablement déconcertés. Qui a dit qu'il fallait une histoire correcte et simple pour plaire au spectateur ?
Tous ses éléments, combinés en un seul film, ont le tour de force de faire un non-film plus que "regardable" !
Au delà d'être un bon film, celui-ci pose beaucoup de questions concernant la part de fiction qu'à une œuvre filmique que nous pouvons oublier au cours d'un visionnage. Ici, la révélation se fait vers le milieu du film et propose un recul au spectateur. En ça, Réalité correspondrait à L'Homme à la caméra version XXIème siècle ! Les personnages ne sont que des caricatures de personnages qui plaisent de par leurs objectifs si singuliers (par exemple inventer le meilleur gémissement du cinéma pour notre protagoniste). Dans cette mesure, les comédiens ont bien compris la vision de Dupieux.
De ces différentes scènes se dégagent un certain lyrisme ubuesque à l'image du personnage caricatural de Bob "J'ai une grosse maison" Marshall, ou du personnage de Jason interprété par l'excellent Alain Chabat qui colle parfaitement à l'univers du film.


En clair, sa photographie si nette, sa musique si entêtante, son absurdité si étrange, sa tragédie si drôle font de cette expérience, un des meilleurs films de l'année.


Attention : le spectateur sera sujet à une sévère crise d'eczéma !

Créée

le 10 déc. 2015

Critique lue 340 fois

Ikarovic

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4

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