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Deux Frères
En plus d'une virée hollywoodienne où ils ont tour à tour ressuscité avec un certain succès les "Bad Boys", donné sa (chouette) identité visuelle colorée à la série "Miss Marvel" ou encore vécu...
le 6 sept. 2022
Alors que la Warner a récemment coupé l’élan du duo belge, Adil El Arbi et Bilall Fallah (Gangsta, Bad Boys For Life), sur « Batgirl », ces derniers peuvent toujours se consoler avec des projets plus personnels et en dehors du joug hollywoodien. Dans l’économie de moyens et de munitions, les cinéastes savent comment convoquer un certain degré d’authenticité, tout en laissant la caméra capter le spectaculaire au milieu de la tension. Ils partent pour une mission, pas tout à fit diplomatique, en remontant vers les heures sombres syriennes, en 2014. Entre la Belgique et ce drame national, on y découvre la douleur d’une famille, qui se divise afin de chercher des réponses. La culpabilité sera d’ailleurs nettement soulignée dans une ouverture froide et qui nous immerge immédiatement dans un monde dont la violence n’est plus à démentir.
A Molenbeek, c’est la routine tranquille, entre quelques plans foireux et vie de famille qui bat des ailes. Mais lorsqu’un drame pousse le fils aîné, Kamal (Aboubakr Bensaihi), à rejoindre la Syrie en guerre, puis les forces de Daesh, tout ce qu’il aura laissé derrière lui ne sera qu’un souvenir. Le montage joue pourtant sur une temporalité fragmentée et décalé, afin d’établir le portrait d’une famille sur deux fronts. La radicalisation frappe comme une massue sur un Kamal tenu en laisse et montre toute sa fourberie dans une écurie occidentale, plein d’enfants à recruter. Le miroir du mal passe simplement par les actes odieux des rebelles, où les exécutions et autres décapitations ne seront pas les seuls avertissements à ceux qui s’opposent à leur suprématie. Cela place également des femmes dans un business inhumain et rares son celles qui peuvent en témoigner. Le documentaire « Sinjar, naissance des fantômes » en tire de nombreux témoignages sur leur situation, du côté de la frontière irakienne et dans cette même période de génocide massif.
Le film n’accuse pas frontalement la passivité de dirigeants occidentaux, relégués en arrière-plan, voir le hors-champ. La première heure place tout son propos dans une reconstitution réaliste, jusqu’à interroger les apparences, via un vidéo de propagande, où Kamal serait devenu un fer de lance maléfique dans cette tragédie. Et son frère cadet, Nassim (Amir El Arbi), resté seul avec sa mère (Lubna Azabal) à sa charge, finit par croire à des propos héroïques, de la valeur du sacrifice, l’éloignent inévitablement de son entourage, près à tout pour le préserver d’une guerre dont il n’a pas les codes, ni la conscience pour en discuter. Les cinéastes belges mettent insistent donc sur des pistes qui ont brisé l’avenir d’enfant, qui ne peuvent faire la différence entre la violence d’un jeu vidéo et celle qui apparaît sur les télévisions du monde entier.
Il faudra alors laisser la dernière partie développer une approche moins musclée et ressemble davantage à un commentaire social trop explicite, pour qu’on n’en remarque pas les limites d’écriture. « Rebel » cherche pourtant à insuffler une patine folklorique dans ce drame, en usant de la musique comme le prolongement des sentiments. Et les réalisateurs vont encore plus loin en stylisant certaines scènes, stylisées à la manière de clips, habiles pour laisser la mise en scène suggérer ce qui se déroule. Ce pari est réussi à plusieurs niveaux, mais il se permet également de contredire une brutalité, qui nous a encore plus convaincu un peu plus tôt. Les dialogues seront également présents pour diluer la pertinence de discours familiaux ou de recrues djihadistes dont on ne se sait pas toujours comment les nuancer, sinon les présenter à partir de leur innocence.
Créée
le 4 sept. 2022
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