Les fleurs sur le drapeau peuvent changer, mais tout reste comme avant.
On aurait vite fait d'oublier, devant cette comédie légère et le cabotinage sympathique de Mifune, que Kihachi Okamoto est un cinéaste qui a signé quelques films parmi les plus pessimistes des années 60.
Synospis : nous sommes en 1868, les troupes pro-impériales montées des provinces de l'ouest et du sud marchent vers la capitale, libérant sur leur passage tous les villages de l'autorité shogunale, promettant un monde nouveau plus juste et plus égalitaire. Gonzo (Toshirô Mifune), un paysan illettré enrôlé comme fantassin dans une compagnie d'avant-garde, demande à son capitaine la permission d'entrer en éclaireur dans son village natal, qu'il n'a pas revu depuis dix ans. Affublé de la coiffe rouge du commandant de l'unité, il trouve un village écrasé sous le poids des taxes et de la corruption, où les notables locaux ont accablé les paysans de dettes impossibles à rembourser qui contraignent la force de travail au servage et les jeunes femmes à la prostitution.
Gonzo apporte l'espoir d'un monde nouveau où les paysans peuvent devenir des capitaines d'infanterie, où les taxes seront réduites de moitié, les dettes effacées et les fonctionnaires corrompus arrêtés. Malheureusement, dans une logique implacable de pragmatisme, le général de la troupe, lorsqu'il arrive dans le village, ne semble montrer de l'intérêt que pour le trésor public et rappelle aux idéalistes qui pensaient l'impôt aboli qu'un nouveau gouvernement ne vit pas d'idéaux et d'eau fraîche, ce qui fera dire à l'un des protagonistes : vous pouvez bien remplacer la fleur sur le drapeau, soit la rose trémière emblème des shoguns Tokugawa par la chrysanthème impériale, mais au final rien ne changera, les paysans resteront les laissés pour compte du système.
1968-1969 marque un tournant politique au Japon, avec le durcissement des manifestations étudiantes (contre la guerre au Viêtnam, contre le traité de sécurité américano-japonais, puis contre l'aéroport de Narita) et la radicalisation de la gauche qui verra éclore des groupuscules terroristes. La comédie satirique d'Okamoto, sous des aspects cabotins et légers, s'inscrit aussi dans ce cinéma désenchanté de la fin des années 60.