Sean Baker continue son itinéraire à travers les lambeaux du rêve américain et de ses désillusions. Après les hôtels colorés en bordure de Disneyland dans Florida Project, le voici qui suit les le retour au bercail d'une ex-star du porno déchue narcissique et égocentrique. Avec un montage à la perfection qui ne laisse aucun trou de régime, le film base sa dynamique sur les contrastes de fond comme de forme : La personnalité exubérante de Mikey contre un Texas et ses habitants bien moroses, la grisaille de la raffinerie contre les couleurs criardes du magasin de donuts, l'étrange fausse candeur de Strawberry contre la corruption sans scrupules de Mikey…
Cette recherche permanente du contraste permet au film d'atteindre un point d'équilibre entre une poésie noire et un réalisme cocasse, ses protagonistes adeptes de la débrouille enchaînant les maladresses. La grande force de Sean Baker est de réussir à trouver une forme de beauté dans l'ordinaire et de ne jamais tomber dans le misérabilisme. Simon Rex porte de manière flamboyante le film et transcende son personnage, ordure toxique extrêmement bavarde dont la détermination et le besoin pathologique d’être aimé le rendent au final attachant.