Rien ne vaut la sensation de rentrer dans une salle de cinéma sans connaître ni le synopsis du film, ni son réalisateur : finalement sans rien savoir, dans une société où nous sommes pourtant abreuvés d'images et de publicités. Cet espèce de petit miracle qui nous pousse parfois vers l'inconnu m'a amené à visionner "Red Rocket" de Sean S. Baker, une véritable révélation. Petit bijou de cinéma indépendant américain, le long-métrage raconte avec humour les déboires de Mikey, une star du porno sans le sous, qui revient dans sa ville natale du Texas retrouver son ex-femme.
Conquis par le grain très old school de l'image qui magnifie à merveille mes visions fantasmées de l'Amérique, je l'ai été aussi par cette histoire aussi touchante qu'amusante. Mikey est un véritable clown, très souvent un sale type qui utilise les autres pour s'élèver. On ne peut pourtant s'empêcher d'apprécier sa sincérité et son indécence à tout égard qui apporte de véritables grands moments de cinéma. La complicité qu'a Simon Rex (qui interprète Mikey) avec les autres acteurs est évidente, surtout Suzanna Son qui campe "Strawberry", un patronyme qui en dit long sur son espièglerie et son envie d'ailleurs. La banalité des situations que vivent ces deux personnages que tout oppose (Mikey a 45 ans, Strawberry 18), ces petits instants de vie et de bonheur où Mikey reprend goût aux choses simples, tout est d'une beauté ébouriffante.
La narration vient parfois contrebalancer cette douceur par un montage excessivement brutal et provocateur, ainsi que par des scènes où le réalisateur prend un malin plaisir à déboulonner toutes nos attentes. Le point d'orgue étant la séquence finale qui à l'image de l'affiche, s'avère être un délicieux donut aussi croquant à l'extérieur que fondant à l'intérieur.