Reefer Madness par TheScreenAddict
Dans la galaxie des bizarreries déjantées du cinéma, Reefer Madness occupe sans doute une place de choix. Comédie musicale adaptée d'une pièce de Broadway des années 90, elle-même adaptée d'un film de propagande religieuse anti-drogue (1936), ce deuxième long-métrage d'Andy Fickman est sorti dans nos salles en 2006, dans l'indifférence la plus totale. Une injustice malheureuse qui mérite réparation, au vu de la facture irréprochable et du capital sympathie de Reefer Madness.
Reprenant ironiquement les grandes lignes du morceau de propagande Tell your children, à savoir les ravages résultant de la consommation de marijuana sur la jeunesse américaine, le film de Fickman se présente dès sa première scène comme un bijou d'énergie, insolent et irrévérencieux. Un agent du gouvernement (incarné par Alan Cumming, déchaîné) se rend dans une école pour présenter à des parents d'élèves une fiction sur la déchéance d'un couple d'adolescents modèles, pervertis par la drogue (Kristen Bell et Christian Campbell, hilarants de mièvrerie). S'articulant sur cette mise en abyme, sur le va-et-vient parfois trouble entre deux niveaux réalités, Reefer Madness offre d'hallucinants numéros musicaux, délires savamment chorégraphiés, où des zombies camés viennent semer la zizanie, où le Christ vient pousser la chansonnette en compagnie du Diable, de Jeanne d'Arc et d'anges sexy, où les présidents américains de tous temps viennent se déhancher dans les couloirs de la mort. Reefer Madness allie avec virtuosité la folle hystérie des cartoons de Tex Avery, la naïveté des comédies musicales d'antan et le gothique factice des productions de la Hammer, pour livrer une farce pétillante, réjouissante, qui plonge son spectateur dans un état d'euphorie permanent. Une perle à (re)découvrir d'urgence, un remède formidable contre le sérieux plombant de la plupart des productions actuelles !