J'ai été enthousiasmé il y a quelques mois, lorsque j'ai découvert en salles "Suprêmes", le biopic des jeunes années de NTM, signé Audrey Estrougo.
Comme par ailleurs j'avais déjà apprécié l'un ou l'autre titre de la jeune réalisatrice (le mésestimé "La taularde", par exemple), j'ai eu envie de creuser un peu sa filmo, en découvrant son premier long-métrage.
"Regarde-moi" est un film (de plus) sur la banlieue, mais propose un regard assez neuf et pertinent sur son sujet, souvent éloigné des clichés habituels (pas toujours).
Film choral, "Regarde-moi" multiplie les arcs narratifs, certains moins intéressants et moins aboutis que d'autres, affaiblis par une interprétation très moyenne (très inégale surtout) et des dialogues parfois faiblards.
Des problèmes aisément compréhensibles pour un premier film, réalisé avec des moyens modestes par une jeune femme de 23 ans.
Mais Audrey Estrougo marque des points au niveau de sa mise en scène, réfléchie et souvent judicieuse, en harmonie avec son scénario, puisqu'un changement de point de vue est opéré au milieu du récit, éclairant les scènes précédentes sous un jour nouveau (je n'en dis pas plus).
La réalisatrice s'autorise également quelques expérimentations visuelles, à l'image d'une séquence de "comédie musicale", d'un passage en noir et blanc, ou d'un intertitre comme au temps du cinéma muet.
Malgré des lacunes parfois criantes, "Regarde-moi" est donc un film intelligent et courageux, qui interroge des notions telles que la féminité, la virilité, ou encore le racisme sous toutes ses formes.
Le film souligne ainsi le poids du regard des autres, omniprésent, ainsi que le refoulement des sentiments dans cet univers machiste de la banlieue
Un dernier mot sur le casting, composé en majorité de comédiens non-professionnels, dans lequel on croise néanmoins quelques visages désormais connus, tels que Eye Haidara, l'humoriste Steve Tran, ou encore Marie-Sohna Condé, fidèle second rôle dans tous les films d'Estrougo..