Règlement de comptes est entouré de critiques très positives et d’excellentes notes un peu partout. Et pourtant, j’en suis ressortie légèrement déçue. Pas parce que le film est mauvais, mais plutôt parce qu’il m’a laissée avec un sentiment assez mou. Peut-être qu’avec le temps, le film a perdu ce qui aurait pu le rendre réellement marquant aujourd’hui. Certains vieux films conservent une force particulière parce qu’on sent immédiatement qu’ils ont inventé quelque chose, posé les bases d’un style ou d’une manière de raconter. Même si on a vu ces codes mille fois depuis, ils gardent une aura presque “historique”. Là, j’ai eu plus de mal à ressentir ça.
C’est un film noir classique avec une histoire de corruption entre gangsters et police. Tout démarre autour d’un suicide suspect et d’un policier intègre qui refuse de croire à la version officielle. Plus il creuse, plus il découvre un système gangrené jusque dans la hiérarchie policière, pendant que les criminels cherchent évidemment à le faire taire. La mort de sa femme vient alors durcir sa détermination et transforme l’enquête en quelque chose de beaucoup plus personnel.
Malgré une base solide, j’ai trouvé que l’intrigue manquait parfois de crédibilité. Le principal problème vient surtout des antagonistes : Winston et Larry donnent davantage l’impression d’être des bras cassés que des types capables de maintenir un vaste système de corruption pendant des années. Il manque quelque chose dans l’écriture des gangsters et des hauts gradés, une forme de férocité ou de complexité qui aurait rendu l’ensemble plus crédible et plus inquiétant. Du coup, toute l’affaire perd un peu en cohérence.
C’est d’autant plus dommage que le film possède aussi de très bonnes idées, notamment dans son écriture des personnages féminins. Kathy Bannion, Debby Marsh ou Bertha Duncan représentent trois figures très différentes, mais surtout trois personnages qui existent autrement que par leur simple fonction narrative. Kathy est évidemment présentée comme la femme du foyer, mais le film lui donne rapidement une vraie personnalité. Debby et Bertha ont elles aussi leurs motivations, leurs envies, leurs contradictions. Ce sont des personnages qui agissent réellement sur le récit. Et c’est assez intéressant de voir ça dans un film des années 50, surtout dans un polar noir où les personnages féminins sont parfois réduits à des archétypes très rigides. Je ne dis pas que c’était inexistant à l’époque, évidemment, mais ici ça reste suffisamment marqué pour être souligné. Glenn Ford, lui, fonctionne très bien dans le rôle principal. Son personnage reste assez classique dans sa construction, mais le film lui laisse des moments plus émotionnels, notamment autour du deuil de sa femme, qui donnent un peu plus d’épaisseur à l’ensemble.
De même, j’apprécie la manière dont Fritz Lang gère sa tension. On est dans un cinéma qui ne ressent pas le besoin de surligner chaque twist avec de grands effets de mise en scène ou une musique envahissante. Certaines scènes pourtant très violentes ou importantes arrivent presque “simplement”, sans préparation excessive, et c’est précisément ce qui leur donne leur impact. Le film garde ainsi un vrai rythme et plusieurs moments de tension fonctionnent encore très bien aujourd’hui.
Mais malgré tout ça, il me manque quelque chose. Peut-être simplement une identité plus forte. Certains décors, certaines situations ou certains lieux donnent une impression de déjà-vu, surtout avec tout ce que le cinéma noir a produit ensuite. C’est un bon film, sans doute même un film important dans son genre, mais personnellement il ne m’a jamais donné cette sensation de grand classique intemporel que beaucoup semblent y voir. J’en vois les qualités assez facilement, mais ça ne m’a pas empêché de regarder sa montre deux ou trois fois.