Qui refuserait de prendre son billet pour un Road Movie marocain qui évolue en grande partie dans les splendides paysages de l'Atlas où ses fières protagonistes jouent crânement leur carte ? Un air frais de liberté s'engouffre, vitres ouvertes, d'un film qui encourage l'émancipation des femmes marocaines, à travers un schéma de course-poursuite certes classique. Reines ne prétend pas concurrencer Thelma et Louise mais on y pense forcément et l'on ne peut qu'éprouver de la sympathie pour ces trois fugitives, même si l'une d'entre elles n'est pas particulièrement recommandable (prestation impressionnante de Nisrin Erradi). Toutefois, il y a la certitude que le film aurait pu être autrement plus prenant et émouvant s'il ne semblait pas aussi inégal, peu doué pour la psychologie de ses héroïnes et ce qui les lie. Par ailleurs, le couple de flics procède d'une vision trop simple et presque caricaturale, le peu de temps qu'ils existent à l'écran. La réalisatrice franco-marocaine Yasmine Benkiran, qui a grandi à Rabat, dit avoir voulu s'affranchir des habituelles formes du cinéma arabe, le plus souvent naturalistes et sociales. Ce en quoi, même si son film ne convainc pas tout à fait, témoigne d'une volonté qui ne peut qu'être soulignée et saluée. Après tout, c'est un premier long-métrage et on espère forcément quelque chose de plus abouti pour le prochain.