Quand on pense au cinéma cambodgien, on pense bien sûr en premier lieu à Rithy Panh. Depuis plus de 30 ans, l’artiste documente l’histoire de son pays d’origine – et en particulier le génocide cambodgien – à travers des films, documentaires ou fictionnels, et des ouvrages. L’enjeu : que le génocide perpétré par les Khmers rouges (deux millions de morts selon l’estimation des professeurs de la Sorbonne Soko Phay et Pierre Bayard) ne tombe pas dans l’oubli. On lui doit notamment l’excellent L’Image manquante, Prix Un Certain Regard au festival de Cannes 2013.

Le 17 avril 1975, les Khmers rouges font leur entrée dans la capitale cambodgienne, Phnom Penh. Sous couvert d’un nouveau « Kampuchéa démocratique », le dirigeant de la révolution – Pol Pot – instaure un régime de terreur basé sur l’élimination des gêneurs. Le pays se referme progressivement sur lui-même, et la nouvelle classe dirigeante sépare les Cambodgiens en deux groupes « l’ancien peuple » principalement constitué de paysans, et le « peuple nouveau », rapidement appelé « les déchus », regroupant les intellectuels et les citadins. Sous couvert de l’instauration d’une société plus juste et équitable (abolition de la monnaie, mise en place de principes communistes), c’est ce second groupe qui est systématiquement persécuté.

Notre film prend place en 1978, trois ans après l’instauration du Kampuchéa par les Khmers rouges. Trois Français (une journaliste, un reporter photographe et un intellectuel) sont invités par le régime pour rencontrer le très secret Pol Pot. Une interview exclusive, alors que le pays est totalement fermé hermétiquement au reste du monde.

Bien que Rendez-vous avec Pol Pot soit une fiction, le film s’inspire du récit de la journaliste de guerre américaine Elizabeth Becker dans son livre When the War Was Over. Rithy Panh explique dans le dossier de presse du film « Elizabeth Becker est une des rares femmes journalistes à avoir couvert la guerre au Viêt-Nam et au Cambodge au début des années 1970, elle a ensuite continué à suivre les Khmers rouges qui intervenaient à l’ONU à New York alors qu’aucune information ne filtrait sur ce qui se passait dans le pays. C’est peut-être sa ténacité qui fait qu’elle est invitée fin 1978 à visiter le Kampuchéa démocratique. » Le cinéaste a découvert l’ouvrage d’Elizabeth Becker alors qu’il préparait le film Bophana, une tragédie cambodgienne, en 1996. Il lui aura fallu presque 30 ans pour que le projet de Rendez-vous... aboutisse.

Rithy Panh apporte toujours un soin tout particulier à la mise en scène. Dans son documentaire L’Image manquante par exemple, il utilisait des figurines de terre cuite pour combler l’absence d’images du génocide. Il utilise ici le même procédé : certaines séquences sont reconstituées sous forme de maquettes miniatures, qui donnent au film un aspect singulier. Le réalisateur glisse également certaines archives noir et blanc, qui alternent avec les prises de vue réelles pour donner au long métrage un côté « plus organique ». Je reste en revanche un peu moins fan de certaines facéties de mise en scène, comme les surimpressions par exemple. En mélangeant les styles, Rendez-vous avec Pol Pot fleurte par moment avec l’expérimental – bien que le film reste très accessible. Le film a été présenté en Cannes Première (hors compétition) au festival cannois 2024.

Côté casting, Irène Jacob (Au revoir les enfants, Le Voyage en Pyjama), interprète parfaitement Lise, la journaliste reporter. C’est elle qui attire tous les regards. Elle est accompagnée par Grégoire Colin, qui joue l’intellectuel proche de l’idéologie cambodgienne et ami de Pol Pot, et Cyril Gueï (aperçu dans A plein temps) dans la peau du photographe fouineur.

2025 marque les 50 ans du début du génocide cambodgien et de l’instauration du Kampuchéa démocratique : une bonne excuse pour découvrir Rendez-vous avec Pol Pot et se lancer dans le reste de la filmographique du grand Rithy Panh !

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le 29 sept. 2025

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