Il y a la beauté de cet univers urbain surchargé, le traitement des lumières (un des sens de Hikari en japonais, est « lumière »)

Je lis que c’est gentillet, pas assez sociologique, dégouline de bons sentiments, manque de trouble… Eh bien c’est profondément réconfortant, ça fait du bien dans le cynisme ambiant, et je soutiens comme d'autres que ce film est délicat et subtil.

Il évite l’écueil des feel good movies où cet acteur tomberait amoureux de la mère pour devenir un vrai père substitutif pour la petite.


Je lis « arc de rédemption prévisible » : Prenons « un jour sans fin » qui explorait comment un homme cynique, misanthrope, découvre, par essais et erreurs, l’empathie, ce qu’on éprouve à écouter, aider les autres, à acquérir des compétences utiles à son prochain… et le sens de l’amour. Ce film malgré sa longueur, son aspect lourdement démonstratif, bien loin d’un cours de philo, reste profondément marquant pour moi sur le sens à donner à sa vie.

Brendan Fraser évoque Bil Murray par son expression pataude et lunaire.

Mais Philippe ici dégage d’emblée une profonde bonté, un mot qui n’a plus cours.

C’est son cheminement qui l’amène à retrouver un authentique lien aux autres malgré sa posture professionnelle. N’est ce pas ce que fait par exemple, un professeur, un soignant ? Mais Philippe n’est pas un coach, pas un psychologue : c’est un être qui a un instinct immédiat de ce dont ses clients ont besoin et le leur donne avec une générosité qui va bien au-delà de sa rémunération contractuelle.

Car la solitude de Philippe est celle de ses clients. Effet miroir infini dans toute société du paraître. En apportant de la chaleur affective dans la vie des autres, il remédie au manque dans la sienne.


Tout le monde manipule parfois, ses proches ou ses connaissances, pour des buts personnels ou pour le « bien » de l’autre, il faut être dans le déni pour ne pas l’admettre bien que tout le monde s’en défende.

Ici dans le film : il y a ceux qui rentrent sciemment dans la supercherie (les commanditaires) et les « manipulés » (qui l’ignorent).

Le plus beau est qu’au final tout le monde est changé par les « rôles », qu’ils en aient connaissance ou non…

La femme de l’agence qui critiquait Philip se voit très ébranlée dans ses certitudes et en vient à faire refuser des prestations, douteuses pour la dignité des femmes.

Le directeur finit par comprendre que les écarts de son employé dans les limites de son rôle aient pu se justifier. Et ce que j’ai trouvé le plus génial du film, il a lui-même recours à sa propre agence pour combler le vide se sa propre vie.

Je lis que cela ne creuse pas pourquoi la société nippone a créé ce genre d’agences : pour moi cela révèle beaucoup, en creux, sur la pression sociale et la solitude de cette population qui doit se conformer à des codes rigides.


Ce film nous renvoie à des questionnements sur les apparences que nous donnons à nos vies, nos rôles affectifs et sociaux –

Quel est notre « rôle » joué, dans la vie des êtres qui nous entourent ?

Le truchement d’une personne à qui on ferait jouer un rôle pour nous, pourrait nous amener à mieux réaliser quels sont nos attentes et nos besoins.

C’est ce qui se produit en thérapie par le jeu de rôles, ou quelle place le patient assigne à son insu au thérapeute. Plus couramment c’est aussi ce qui peut se produire au début de toute relation – Certaines relations qu’on pense authentiques peuvent être transactionnelles : affection / sécurité, amitié / peur d’être face à soi…


Et puis ma thématique favorite dans toute histoire, film ou livre… c’est le dilemme moral, le choix éthique qui s’impose (« Les Misérables » reste exemplaire)

Dans une perte mondialisée d’humanisme, face au ressenti de solitude de plus en plus universel, oui ce film a du cœur, sa foi en l’autre me réconcilie avec les possibles.

Au final, ce « bon » film pas du tout simpliste, m’a profondément fait du bien.


Eralde
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le 8 févr. 2026

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