Un film très intense et émouvant porté par une Sandra Hüller toute jeune mais déjà grande actrice, plus impressionnante encore que dans Anatomie d'une chute.
Inspiré d'une histoire vraie, exploitée stupidement par le cinéma d'horreur montrant des exorcismes, le film nous raconte la vie d'une jeune fille corsetée dans un univers étouffant, celui d'une famille s'accrochant à une pratique religieuse pour donner un peu de sens à la médiocrité de leur vie.
Sagement, elle se plie aux règles bien policées et s'étiole comme une fleur sans eau – les scènes de repas sont déprimantes au possible. Atteinte d'épilepsie, elle a dû suivre un parcours de combattant auprès de médecins qui peinent à la soigner.
Cependant, le moment est venu pour elle de quitter l'enfer familial pour faire des études de pédagogie. Elle s'y accrochera comme un noyé à une bouée, rencontrant aussi l'amitié et l'amour. Mai le passé, notre enfance, ce dont on a été imprégné, ne peut se quitter ainsi, surtout quand on a une mère qui vous étouffe et ne souhaite qu'une chose: garder sa proie, son bébé, ne pouvant imaginer que sa fille puisse avoir une autre vie que la sienne.
Alors, la jeune fille, entourée de mauvaise religion mal comprise, commence à croire au folklore pseudo religieux distillé par sa famille. Elle consulte un prêtre de famille qui essaie rationnellement de la modérer: ses crises sont liées à sa maladie et non à une possession démoniaque comme sa mère voudrait le croire, incapable qu'elle est d'accepter la maladie de sa fille. Déçue, la jeune fille se tourne alors vers un jeune prêtre ambitieux qui la conforte dans son idée et lui fera vivre des exorcismes où se révèlent la souffrance psychique, la haine envers les conventions et envers la mère, bien plus que le diable. Cela la mènera à sa perte, celle de ses études, celle de son amitié, celle de son amour.
Ou comment la superstition d'une religion détournée de son sens peut tuer.
Comment la société peut faire d'une maladie méconnue une tare invivable ( même sa meilleure amie la condamne à l'asile psychiatrique, même son fiancé est dépassé par l'intensité qu'il constate chez sa compagne: il y a des très belles scènes où elle danse, extatiquement libre, sous le regard choqué du jeune homme).
Il y a pire qu'une société sans Dieu: une société qui ne comprend pas Dieu, une société où la religion est le catalyseur des névroses sociales et individuelles, celle de la mère dans le film.
Un film qui peut mécontenter les croyants bornés et réjouira les contempteurs des religions qui le sont tout autant; mais je pense qu'il y a une alternative à ces deux extrêmes: celle de la foi raisonnée, de la croyance saine, qui libère, qui élève, au sein d'une religion mieux comprise et pas prétexte à toutes les formes de domination ou de déviances.