Qu'est-ce qu'un « res nullius » ? En droit romain, puis repris dans le code Napoléon, ça désigne un bien qui n'appartient juridiquement à personne. Au contraire d'autres « biens », tels que les animaux domestiques. Res Nullius traite donc de la faune sauvage en ville, spécifiquement à Bruxelles. Des oiseaux bien sûr, cigognes, buses, martins-pêcheurs ou canards, mais aussi des vertébrés plus « exotiques » tels que le renard, le sanglier ou même le castor ! Qu'on retrouve tous sur le territoire de Bruxelles, où se déroule tout le documentaire. Une faune sauvage devenue extrêmement minoritaire : seul un vertébré sur mille en Belgique serait encore un animal sauvage. Et si des lois existent pour protéger théoriquement une espèce comme le renard, de nombreuses clauses d'exemption existent…


Au-delà du cliché attendu du tendre documentaire animalier qui joue sur le contraste visuel entre la faune et les décors urbains en tous genres, Thomas Jean propose une réflexion intéressante sur les places qu'on réserve encore à la vie sauvage de nos villes, et les menaces qui pèsent sur celle-ci. Notamment la tension avec la crise du logement : il est difficile de contraindre les promoteurs immobiliers (bruxellois) à incorporer le quota de logements sociaux, et de nombreux gestionnaires politiques se rabattent alors sur… le terrain disponible, comprenez les friches où subsiste encore la nature en ville. Des friches que certains projets n'hésitent pas à bétonner en se parant de vertus écologiques, à l'image de ce projet de construction présenté comme plus respectueux de l'environnement que la friche naturelle laissée en l'état. Un greenwashing renforcé par l’accronyme bien pratique que brandissent politiciens et promoteurs : les fameux « BANANA » (Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anyone), homme de paille idéal pour disqualifier toute critique de l'aménagement urbain.


Le docu ne cherche pas à apporter une réponse péremptoire et simpliste qui condamnerait toute nouvelle construction dans l'espace urbain, mais un peu de nuance dans les choix en question. Car c'est dans la culture urbaine bruxelloise de vouloir éviter au maximum les « tours » qui défigurent la skyline (surtout dans le Sud de la ville), et pourtant face au défi démographique et à l'explosion des prix de l'immobilier, l'avenir nécessitera sans doute des constructions plus verticales, particulièrement près des nœuds de transport en commun, moyen le plus efficace de réduire le trafic automobile selon les acteurs interrogés.


Le réalisateur rappelle aussi qu'environnement et questions sociales sont toujours liés, avec la petite phrase célèbre de Chico Mendes sur l'écologie sans lutte sociale qui n'est que jardinage, et sur l'inégalité d'accès aux espaces verts et son paradoxe : c'est dans les quartiers où il est le plus facile d'accéder à un espace vert de qualité que les habitants disposent le plus de voitures, et contribuent donc le plus à la pollution de l'air, tandis que les plus précaires mettent en moyenne 20 à 30 minutes pour y accéder, et possèdent proportionnellement beaucoup moins de voitures !


Enchaînant des chiffres chocs, tels que la disparition de 95 % des mésanges bruxelloises en trente ans, des entretiens avec différents acteurs, entre ornithophiles urbains, juristes et collectifs citoyens, et de très beaux plans filmés avec une caméra au zoom gigantesque sur des nids de buses nichés entre deux arcades d'une façade bruxelloise, le documentaire propose aussi quelques notes d'espoir pour Bruxelles. La Senne est progressivement rouverte, des castors reviennent en ville, tandis que la forêt de Soignes voit revenir les sangliers, chassés eux aussi de leur campagne. Et l'emblématique renard, espèce indigène, discret et chapardeur, cohabite avec les humains depuis des décennies, sans heurt.


Un documentaire qui se permet aussi de prendre le contrepied d'idées consensuelles, comme la diabolisation du frelon asiatique, accusé de décimer les abeilles domestiques qui produisent notre miel, bien plus que les abeilles sauvages qui assurent l'essentiel du butinage, et ont donc une utilité bien plus grande pour l’écosystème. De belles images, des préconceptions urbanistiques questionnées, et un film utile pour repenser le débat public à l'échelon local urbain sur les conséquences de la construction de nouveaux logements, certes nécessaire, au détriment des espaces naturels.


Floax
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le 24 sept. 2026

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Res Nullius

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Critique de Res Nullius par Floax

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