Resurrection
7
Resurrection

Film de Bì Gàn (2025)

C'est le troisième long-métrage de Bì Gàn, mais Resurrection marque la première fois que je pénètre dans l'univers de ce réalisateur.


Ben, c'est quoi Resurrection ? Voilà une question que j'ai pas mal cogitée durant les heures suivant mon visionnage. Sur une narration fragmentée – n'étant pas sans faire penser au Miroir de Tarkovski –, suivant un flux de subconscient, ne respectant que l'ordre chronologique d'époques à travers le XXᵉ siècle, six parties bien distinctes les unes des autres, donnant un résultat global, aussi bien du point de vue visuel que scénaristique, pour le moins très hétérogène, on suit les réincarnations d'un seul et même personnage (ce qui fait que l'acteur principal, Jackson Yee, y incarne plusieurs rôles !).


Et de quoi ça parle ? Ben, pour moi, ça parle principalement de cinéma… enfin, il y a sûrement une multitude de sujets, de choses diverses à interpréter… c'est une œuvre tellement hermétique, tellement ouverte à mille et une analyses différentes que c'est à chacun de se faire son propre film en quelque sorte... Bref, pour moi, ça parle principalement de cinéma. Je suis très loin d'avoir identifié toutes les références au septième art que nous balance le Monsieur (notamment pour le cinéma asiatique, à propos duquel j'ai encore de grosses lacunes !). Les plus explicites citent L'Arroseur arrosé des frères Lumière – avec un instant, le temps passe, les personnes aussi, mais le film reste... le cinéma reste et existe à son propre rythme – et la brillante séquence des miroirs de La Dame de Shanghai d'Orson Welles.


On débute par un segment entièrement muet, avec des intertitres, lors duquel Méliès, Zeman, Le Cabinet du docteur Caligari, entre autres, sont cités, en plus, bien sûr, du film susmentionné des frères Lumière. On enchaîne avec une sorte de polar de SF, faisant appel au film noir américain des années 1940 et 1950 (y compris le Welles, donc !). Après, on a toute une partie dans un temple bouddhiste, durant laquelle je me suis fait chier en toute franchise. Et pourquoi je me suis fait chier durant cette partie ? Parce que Bì Gàn y cite ostensiblement le cinéma d'Hou Hsiao-hsien, cinéaste qui, par sa propension à filmer ses personnages à distance – dans un sens propre comme dans un sens figuré –, à ne jamais entrer dans leur intériorité, à ne jamais la partager, m'offre à chaque fois un résultat trop désincarné pour que je m'y investisse.


Par contre, j'avoue m'être éveillé d'un coup pour les deux segments suivants. En effet, pour ces derniers, il y a une véritable puissance émotionnelle, offrant quelque chose de suffisamment fort pour que l'on s'intéresse aux personnages. Ainsi, dans un style évidemment plus brumeux, plus onirique, plus restreint géographiquement (on n'est pas du tout dans un road-movie !), la relation père-fille, autour d'une arnaque au nez, n'est pas sans faire penser à La Barbe à Papa de Peter Bogdanovich. Et l'avant-dernier segment (avant la conclusion !), nous donnant une histoire furieusement romantique, est prenant, par ses deux protagonistes charismatiques, par sa mise en scène nerveuse, sans temps mort, faisant la part belle aux plans-séquences en caméra portée (y compris un en point de vue subjectif !), dans un environnement nocturne, dont la lumière n'est qu'artificielle, et dont le visuel rappelle Wong Kar-wai.


En fait, dans Resurrection, loin de toute narration traditionnelle et homogène, à travers une pure expérience sensorielle, par le biais du rêve et celui de la mémoire, Bì Gàn nous partage sa somme cinéphile. Et, selon qu'on partage ou non ses goûts, on est plus ou moins captivé par tel ou tel moment. C'est mon interprétation de cet OFNI, ne pouvant pas laisser indifférent, qu'on l'aime ou non. C'est comme cela que je vois ce film. À chacun son Resurrection.

Plume231
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2025, Carnet de bord 2025 (cinéma) et Festival de Cannes 2025

Créée

le 11 déc. 2025

Critique lue 1.1K fois

Plume231

Écrit par

Critique lue 1.1K fois

37
9

D'autres avis sur Resurrection

Resurrection

Resurrection

7

Plume231

2396 critiques

Remémorations cinéphiles !

C'est le troisième long-métrage de Bì Gàn, mais Resurrection marque la première fois que je pénètre dans l'univers de ce réalisateur.Ben, c'est quoi Resurrection ? Voilà une question que j'ai pas mal...

le 11 déc. 2025

Resurrection

Resurrection

2

SophieetMaurice

26 critiques

postures et impostures

rares sont des films qui me mettent en colère.Des sketchs faisant référence aux grands classiques du cinéma mondial (Fritz Lang, mizoguchi ...), s'enchainent dans le cadre d'une histoire inspirée de...

le 21 juin 2025

Resurrection

Resurrection

8

Le_Videoclub_

324 critiques

J'en marie Bi Gan

Bon, ça va être clairement impossible d'écrire quelque chose de construit sur cet OVNI total. Mais vu que le film est découpé en 5 segments et un épilogue, je peux parler rapidement de chacun d'entre...

le 30 mai 2025

Du même critique

Babylon

Babylon

8

Plume231

2396 critiques

Chantons sous la pisse !

L'histoire du septième art est ponctuée de faits étranges, à l'instar de la production de ce film. Comment un studio, des producteurs ont pu se dire qu'aujourd'hui une telle œuvre ambitieuse avait la...

le 18 janv. 2023

Le Comte de Monte-Cristo

Le Comte de Monte-Cristo

3

Plume231

2396 critiques

Le Comte n'est pas bon !

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise adaptation, il y en a des fidèles et d'autres qui s'éloignent plus ou moins du matériau d'origine. Et la qualité d'un film, issu d'une adaptation...

le 1 juil. 2024

Oppenheimer

Oppenheimer

3

Plume231

2396 critiques

Un melon de la taille d'un champignon !

Christopher Nolan est un putain d'excellent technicien (sachant admirablement s'entourer à ce niveau-là !). Il arrive à faire des images à tomber à la renverse, aussi bien par leur réalisme que par...

le 20 juil. 2023