Ce film de Denys de la Patellière est l'adaptation d'un roman policier de James Hardley Chase paru en France en 1956 dans la collection Série Noire de NRF sous le numéro 303.
Le roman est censé se passer aux USA (rappelons toujours que Chase est britannique et n'a quasiment jamais mis les pieds aux US). Le film a été francisé puisque l'action se passe en France sur la Côte d'Azur alors que le roman situe l'action en Californie (Hollywood). Mais là n'est pas le problème le plus important.
Le roman est rédigé à la première personne (comme souvent chez Chase) et tient de la confession. Le gars raconte son histoire merdique qui se termine en galère pas possible, s'emberlificote dans ses explications (sincères), improvise des solutions qui se retournent contre lui, essayant au fond de se justifier, rendant le roman très crédible.
Le film au contraire est construit de façon très classique où il n'y a pas de narrateur et où le spectateur observe les différents personnages évoluer. Grosso modo, il y est question des mêmes évènements mais le spectateur les voit de l'extérieur et non à partir des yeux du narrateur comme dans le roman.
Sans vouloir dévoiler le sujet, le film évoque en effet un homme riche (Peter Van Eyck) qui envisage de se suicider. Il laisse entendre à sa femme (Michèle Morgan) qu'il lui faudra maquiller le suicide en meurtre pour pouvoir toucher l'assurance-vie … Raconté comme ça, ça parait très bizarre tandis que le narrateur (le rôle de Daniel Gélin) dans le roman ne comprend que ce qu'il lui est donné de comprendre.
Ça fait toute la différence car l'histoire dans le roman ne pose pas de problème de vraisemblance car l'information y est lentement distillée. De plus, il y est question d'assurance sur la vie et de clauses tordues, ce qui n'est pas dans les mœurs françaises (surtout dans les années 50).
La verve du roman écrit dans le langage parlé plus ou moins argotique du narrateur qui est le chauffeur de la maison est plutôt bien rendue grâce aux dialogues de Michel Audiard.
En revanche, ce qui est bien fait dans le film, c'est la construction qui fait apparaître peu à peu les éléments des pièges à double ou triple détente se refermer inexorablement sur les protagonistes malgré une mise en scène trop académique.
Côté casting, il y a du beau monde.
Peter Van Eyck joue l'homme riche mais professionnellement complètement fini à cause d'un alcoolisme sévère.
Michèle Morgan dans le rôle de l'épouse de Peter Van Eyck et de belle salope intégrale est excellente. C'est très rare que je délivre des compliments sur cette actrice mais là elle est bien dans son rôle.
Daniel Gélin est le chauffeur embauché par Peter Van Eyck et manipulé par Michèle Morgan joue bien sa partie. D'autant qu'il sent l'odeur de la bonne galette.
Michelle Mercier dans son tout premier rôle joue le personnage de la bonne. Ingénue pourrait-on dire, quoique …
Bernard Blier joue le rôle du commissaire de police plutôt finaud qui, lui ne se laisse pas manipuler …Il est débonnaire et truculent (merci Michel Audiard) mais incorruptible.
Il ne me manque que François Chaumette en collègue vicelard et pourri de Van Eyck mais qui s'en étonnera ?
C'est un film noir qui se regarde bien. Le démarrage est un peu lent mais les acteurs, bien menés par le cinéaste, jouent correctement leur partition. Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'il aurait pu être encore plus noir si le scénario avait repris la construction sous forme de confession du roman.