Les films de Vengeance sont légion. Les bons sont rares. Sans l'esthétique du VENGEANCE de Johnny To en 2009, sans le coté cartoonesque d'un SISSU, ni le rythme d'un TAKEN (qui est pourtant loin d'être un bon film), ce VENGEANCE mexicain estampillé Amazon Prime sent le réchauffé sans grande imagination. C'est ni plus ni moins un métrage de commande pour le public hispanophone et sud américain d'Amazon.
Le genre a été grandement travaillé depuis son explosion dans les années 70's, incarné par un Charles Bronson qui en paya le prix, étrillé par les critiques qui conspuèrent un genre réactionnaire et bourrin. Las les producteurs n'ont pas cherché à innover, empruntant le sentier balisé uniquement. Plus en encore au "vigilente exploitation" nous avons là l'immonde hybride avec une film très mascu. Omar Chaparro tous tatouages dehors descend bière sur bière, clope, jure et reluque la culotte blanche satinée de sa bien aimée, voilà à peu près toute sa caractérisation. Même les punchline de Gérard Butler dans la chute de la maison blanche et ses suites nous manquent "De quoi est tu fait ? de Bourbon et de mauvais choix"... Au moins le tableau était trivial.
Dialogues ineptes, poses martiales à la limite du ridicule, violence débridée avec une capacité sans commune mesure de prendre des coups, le film est un festival de clichés. Le héros est robotique au possible, mono-expressif, et les ficelles du scénario si grosses que ce film a été produit pour débrancher son cerveau. Pas de nuances, des Deus Ex machina à la pelle et une forte propension à tester les limites de votre suspension d'incrédulité (surtout si l'on considère qu'au bout de 15 min de film, on peine à croire qu'il y ait une suite)
Reste une photo froide, parfois trop sombre, dans la veine des John Wick, la nuit, et une lumière ajoutée de jour qui sent un peut le spot light La musique est très oubliable, et quelques gueules sont à noter. Le film n'est pas infâme, il y a une image léchée, du budget, ce n'est pas très bien joué sans verser dans le navet, mais c'est le néant artistique, le vide de la créativité. Les arcs narratifs ne sont pas creusés, aucun personnage n'a de réelle évolution. Dommage il y avait de la matière, surtout avec le capitaine Miguel Diaz et sa famille, mais l'acteur, Alejandro Speitzer, peine à émouvoir. Il est totalement monolithique dans son jeu, son regard.
C'est dommage car on sent une inspiration de chez Gareth Evans très marquée. Le dernier quart du film rappelle THE RAID, et la dimension sacrificielle de la trajectoire d'Estrada s'inspire du final de MERANTAU. Malheureusement les acteurs n'ont pas la superbe d'Iko Uwais et de sa troupe, bien qu'ils soient aidés par Vasil Simeonov en assassin, stuntman bien connu des plateaux hollywoodiens (JASON BOURNE, BLACK WIDOW, GLADIATOR 2, ...). Ce qui offre une bonne lisibilité aux chorégraphies, mais gâchées par un sentiment soit de déjà-vu, soit de copie low-cost ! Si je devais retenir un combat, celui de l'assassin contre le lieutenant Lola. brutal, viscéral, et intéressant car opposant deux gabarits, deux énergies totalement différentes.
Comme leurs armes, ce produit ultra calibré, direct et sans réflexion.
Un SICARIO (2015 de Basyl Iwanick avec Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio del Toro), film semblable, est tellement au dessus qu'à quoi bon perdre son temps sur ce VENGEANCE / REVENGE / VENGANZA bien pâlot ! Si vous voulez trouver un film dans la même veine (peu de budget et sans grande ambition intellectuelle) mais indéniablement plus réussi, avec une âme, un style, cherchez du côté de THE MECHANIK, première réalisation de et avec Dolph Lundgren, en 2005. Véritable hommage au style des thrillers Hongkongais transposé en europe de l'est, finissant dans une ambiance quasi-western, sanglant et sec.