Le riz est un opus de Shin Sang-ok plutôt recommandable sans être capable de se hisser au niveau de ses ambitions mais c'est déjà plus réussi qu'Evergreen Tree sur un sujet assez proche et tout autant personnel : le dévouement et l'intégrité d'un homme (et d'une femme) pour sauver son village de la misère. Il n'est plus question d'éducation mais de creuser un tunnel sous un montagne pour irriguer les plaines. On retrouve en plus les mêmes comédiens, y compris le rondelet "méchant" capitaliste.
Les thèmes et le monde rural sont assez proches mais heureusement dépossédés (en grande partie) de l'aspect chantage émotionnel : pas d'enfants, pas de maladies, pas d'amant séparés par de grandes distances...
Évidement, il y a tout de même une histoire d'amour qui faire face aux refus des parents et beaucoup d'épreuves pour que la ténacité des héros récolte leurs fruits... ou plutôt leur riz !
Cette ligne claire du scénario permet ainsi de se recentrer sur les personnages et leurs abnégations qui finissent par y trouver une réelle force, surtout Choi Eun-hee qui fait très peur au début du film en essayant de ressembler à une étudiante de 20 ans avec couettes et uniforme d'écolier. Et contre toute attente, plus le film avance, plus elle devient crédible. Comme si en prenant conscience de ses convictions sociales de son rôle, elle se dépareillait de ses tics de jeux pour tendre vers le même dénuement matériel.
Si la réalisation est tout a fait correct avec quelques extérieurs bien exploités, un honnête noir et blanc en scope, quelques moments moments à la limite de l'ironie (le deuxième couple se disputant et très proche du pastiche de mélodrame) et plusieurs scènes réussies, le Riz manque cruellement de l'élan qui transmettrait la ferveur communicatrice de l'avancée des travaux. La caméra est trop rivée au sol, le montage est dénuée nervosité, Il n'y a pas assez de mouvement, d'ampleur, d'accélération, d'un sentiment communautaire.
On est ainsi très loin de la réussite euphorisante du dernier acte de Notre pain quotidien de King Vidor.
Ce film de Shin Sang-ok, tout en possédant plusieurs qualités indéniables, ne décolle pas comme on le voudrait.