Entre "Past Lives - Nos vies d’avant" en 2023 (pour la version deluxe) et "Minari" en 2020 (pour la version générique et attendue), l'infusion de la culture nord-américaine au sein de familles sud-coréennes déracinées ne manquent pas d'illustrations au cinéma. "Riceboy Sleeps" ajoute à cela un trope supplémentaire puisque l'histoire racontée ici s'inspire en partie de la vie de Anthony Shim et nous plonge dans les années 1990, avec tous les filtres esthétiques requis, image 4/3 la plupart du temps et autres grains de pellicule bien affirmés.
Le seul souci que je vois dans ce film par ailleurs très bien réalisé sur le plan technique, c'est qu'il repose sur deux éléments assez stéréotypés : d'abord sur le plan scénaristique très pragmatique qui nous montre le quotidien d'un enfant immigré malmené par à peu près tout son environnement et à tous les âges — l'introduction se situe autour des 8-10 ans et le reste sautera à l'adolescence — et ensuite sur un versant plus mélodramatique qui insère dans la trame une péripétie d'ordre médical qui apparaît vraiment de manière très artificielle, d'une gravité hors norme, là pour provoquer des changements de rapports entre une mère et son fils mais qui malgré tout s'accompagne d'une dose de pathos pas négligeable et à ce titre un peu dérangeante. En plus Shim n'y va pas de main morte lors de la séquence de l'annonce, avec la mère sud-coréenne ayant tous le mal du monde à comprendre ce que l'oncologue lui annonce avec tout le vocabulaire médical technique difficile à comprendre pour elle.
Dommage que la chronique du quotidien canadien de ces immigrés soit à ce titre perturbé par des partis pris artistiques qu'on pourrait juger discutables, et qui en tout cas m'ont empêché d'apprécier sans retenue l'élan dramatique et le crescendo émotionnel du film. Et on ne discerne pas de thématique particulièrement originale dans l'ensemble. D'autant plus regrettable que le garçon, aux deux âges montrés, est dirigé avec un certain tact de telle sorte que ses difficultés, son épanouissement malmené, sont suggéré sans emphase — je veux dire, du moins, la conséquence des actes malveillants à son encontre qui sont eux largement montrés et re-montrés.