Le ridicule ne tue pas.
Du moins le dit-on.
Parce que ce n'est pas forcément le cas dans cette cour du roi Louis XVI où l'on fourbit l'esprit comme une arme, et où le ridicule est le pire châtiment que l'on puisse réserver à son ennemi.
Pour l'ingénieur Ponceludon de Malavoy, gentilhomme campagnard désargenté mais non dépourvu d'esprit, c'est la porte d'entrée du cabinet royal, où il escompte présenter un projet d'assèchement des marais de la Dombe, où les paysans meurent des fièvres. Car personne à la cour ne se soucie de sorts de lointains miséreux. Cette cour déconnectée des réalités de la vie quotidienne préfigure la révolution d'un peuple à bout de souffle.
Ridicule, de Patrice Leconte, film en costume, chemine allègrement à travers l'atmosphère pourrie de la Cour, les complots d'alcôve et les mesquineries quotidiennes, où l'étiquette achève de gangréner un système qui ne fonctionne plus. Le roi, plutôt simplet, est assoiffé d'esprit comme si, contrairement au mot de Descartes, il s'en savait dépourvu. Après tout, pour reprendre un mot utilisé dans le film, ne confie-t-on pas le sérail à l'eunuque?
L'ouverture donne le ton : toutes les bassesses sont permises, la mesquinerie paye la mesquinerie. Quelques portraits plus lumineux rayonneront pourtant. Même si personne, et c'est l'une des forces du film, n'est exempt de défaut. Ponceludon de Malavoy est prompt à laver son honneur sur le pré, et cède un peu trop facilement aux charmes du sexe opposé. Mathilde n'hésite pas à se marier avec quelqu'un ressemblant à l'empereur dans Star Wars, pourvu que sa fortune fût assurée, afin de poursuivre ses recherches scientifiques. Elle teste d'ailleurs un scaphandre, comme pour souligner son écart du monde réel. Qu'elle rejoindra à travers l'ingénieur, lui aussi intéressé dans le domaine de l'eau, d'une manière plus prosaïque. Elle rêve de l'explorer, lui de l'assécher. Le père de Mathilde est bien trop sincère pour la Cour, mais il est aveuglé par l'esprit brillant de l'abbé de Vilecourt, et par ailleurs trop imbu de sa position lorsqu'il rencontre pour la première fois l'abbé des épées, qui l'entretient de ses travaux pour intégrer les sourds et les muets à la société.
Ridicule repose sur un paradoxe à destination du spectateur, ce qui le rend d'autant plus malin : c'est par ce bel esprit ou qui passe pour tel dont il est une critique qu'il entend séduire le spectateur. Même s'il offre un contraste entre ses personnages qui n'ont d'intelligence qu'un léger vernis qui peine à faire illusion et ce fameux bel esprit. En témoigne la scène où l'abbé de Vilecourt tente de démontrer l'existence de Dieu par la preuve ontologique, tout en faisant la preuve de son impiété.
Tout est dans le paraître, et ces personnages s'efforçant d'apparaître comme des caricatures...
... sont ridicules.